La narse de Clamouze

24 Août an X (suite)

Max : « Tu nous emmènes où bonome ? »

Le chevalier : « Par là… »

Max : « D’accord. Oui oui oui… Par là donc. »

Léo : « C’est déjà pas mal. »

Samuel : « Il aurait pu répondre : ‘A la cabane’. »

Yann : « Là on sait qu’on continue. »

Max : « Ça vous dérange pas de pas savoir où on va ? »

Léo : « Bof. »

Samuel : « Pas trop. »

Yann : « Ça changerait rien du tout. »

Léo : « Et puis comme ça on aura la surprise. »

Max : « Des fous ! Je suis entouré par des fous ! »

Yann : « Profite du paysage Maxou. »

Samuel : « Regarde un peu ça… »

Puy de Paillaret
Puy de Paillaret

Max : « C’est un volcan qu’on voit là ? »

Le chevalier : « Oui Max. Le Puy de Paillaret. »

Max : « C’est quoi comme roche ? »

Le chevalier : « Tiens, voici la carte géologique. »

Carte géologique du Puy de Paillaret (Source : Géoportail)

Max : « Merci bonome. Tu expliques ? »

Le chevalier : « Non. Je marche. »

Max : « Tu expliques pas ? Et comment on va faire pour savoir le Puy de Paillaret nous ? »

Le chevalier : « Vous étudierez. »

Max : « Je vois. Vous êtes témoins que bonome nous aime plus et qu’il va nous abandonner sur le bord de la route. »

Les trois autres : « 😀 »

Le chevalier : « Ce n’est pas ce que j’ai dit ! »

Max : « C’est pareil. Tu veux pas nous expliquer le Puy de Paillaret… C’est bien que tu nous aimes plus et que tu vas nous abandonner. »

Léo : « Max, je crois que tu exagères un tout petit peu. »

Samuel : « Bonome a pas envie d’expliquer. C’est pas grave. »

Yann : « Laisse-le se reposer un peu. »

Max : « Ça vous dérange pas d’être abandonnés sur le bord de la route ? »

Samuel : « Cousin Max… »

Max : « Oui petit cousin ? »

Samuel : « Le coin… »

Max : « Pfff… abandonné et au coin ! »

Yann : « Sauf si tu laisses bonome se promener tranquillement. »

Léo : « Ce sont sûrement des basaltes, des mugéarites et des benmoréites des différentes phases de volcanisme. Pour une fois on saura pas tout. »

Yann : « Et puis je voudrais voir ces plantes à fleurs ! Elles sont très belles. »

Œillet des chartreux

Samuel : « Encore des œillets des Chartreux ! »

Yann : « Je me disais bien qu’on les connaissait déjà ! »

Léo : « On voit pas beaucoup de zoisos… »

Samuel : « J’entends des pouillots véloces. »

Max : « Tschiff tschaff tschiff tschaff… J’en peux plus des pouillots véloces moi ! »

Léo : « Yann, l’allergie de Maxou pour les véloces date de l’un de nos séjours en Bretagne, au Cap Fréhel. Il y en avait tous les 10 mètres et on les entendait à longueur de journée. »

Yann : « C’est pas le chant le plus mélodieux que je connaisse mais de là à faire l’allergie… »

Samuel : « Il est là ! »

Pouillot véloce (Phylloscopus collybita, Phylloscopidés)

Max : « Tu veux toujours pas nous dire où on va bonome ? »

Le chevalier : « Non 🙂 Surtout que ce n’est qu’un détour avant d’aller ailleurs. »

Léo : « Après on va ailleurs ? »

Le chevalier : « Oui, vite fait. Je ne sais pas trop ce que ça va donner… »

Yann : « La chaaance ! »

Samuel : « Surtout que le ciel s’est dégagé. »

Paysage
Puy de Chambourguet

Le chevalier : « Je crois que nous approchons… »

Max : « On approche de quoi ? »

Léo : « Chut ! Écoutez ! »

Yann : « J’entends ! On approche d’une cascade ! »

Max : « On va voir une cascade ? »

Le chevalier : « Tu vas voir petit impatient ! »

Samuel : « A l’oreille c’est bien ça ! »

Yann : « La voilà ! »

Cascade de la Barthes

Max : « Alors toi ! Tu abordes les cascades par le haut ! Il y a que toi qui fais ça… »

Le chevalier : « Si tu veux la voir par le bas, tu peux descendre si tu veux. »

Max : « Vous voyez ! Il veut m’abandonner et me jeter dans la cascade !!! »

Léo : « Mmmm… Je commence à le comprendre. »

Yann : « Je suis pas loin d’être d’accord moi. »

Samuel : « Ça suffit ! Cousin Max, tu arrêtes de dire que bonome veut nous abandonner. Tu ronchonnes parce que tu es fatigué. Cousin Léo et cousin Yann, vous cessez de dire des bêtises. On va voir la cascade et on profite de la journée sans trop poser de questions parce que sinon ça fait trop de travail pour graver les articles du blog de Max. Et ça nous repose un peu nous aussi ! On peut pas tout savoir tout le temps ! »

Léo : « Petit Sam, tu es la voix de la sagesse 🙂 »

Yann : « Il est tout petit le ruisseau… »

Cascade de la Barthes

Ruisseau de Neuffond

Le chevalier : « C’est le ruisseau de Neuffond. »

Léo : « C’est une bien belle cascade. Merci bonome. »

Samuel : « Ça fait quand même beaucoup de marche pour la voir. Il faut retourner à la monture maintenant. »

Le chevalier : « Oui. C’est un peu le défaut de ce détour… »

Yann : « Tu vas être tout fatigué. Pauvre bonome. »

Le chevalier : « Ça vous ennuie si je trottine un peu ? Ça ira plus vite. »

Léo : « C’est toi le chef bonome ! »

Max : « Ça va nous secouer un peu mais tant pis. C’est pas drôle les marches de transition. »

Samuel : « C’est parti ! En petites foulées ! Hop hop hop ! »

Yann : « C’est sûr que ça va plus vite 🙂 »

Max : « Tu feras quand même une pause pour fotoer la callune et la chapelle qu’on voit là-bas. »

Le chevalier : « Oui Max ! Tout de suite Max ! »

Callune

Max : « La callune c’est pour montrer la végétation et la chapelle c’est pour que tu nous racontes une histoire pendant que tu trottines. »

Notre Dame de Vassivière

Léo : « Tu la connais cette chapelle ? »

Le chevalier : « Nous irons la voir un jour. C’est Notre Dame de Vassivière. Le nom est tirée du celte. ‘Vas’ signifie demeure ou temple. ‘iver’ veut dire eau ou rivière. Vassivière indique donc qu’il y a eu un temple de l’eau ici il y a fort longtemps. Le christianisme s’est approprié le lieu et une chapelle a été construite. Je ne sais pas de quand date la première construction. Cette chapelle accueille la statue d’une Vierge noire. Après la destruction de l’ancienne chapelle la statue a été transférée à l’église saint André de Besse. En 1547 un protestant recouvre la vue après avoir vénéré cette statue. »

Max : « Pourtant les protestants vénèrent pas les statues ! Ils sont pas très emballés par le culte marial. »

Le chevalier : « Pierre Gef a oublié ce principe en raison de sa cécité récente. »

Yann : « Pierre Gef ? C’est le protestant qui a retrouvé la vue ? »

Le chevalier : « Oui Yann. »

Yann : « Il a dû être bien content ! »

Le chevalier : « Et surpris ! Le lendemain la statue avait disparu. On l’a retrouvé à son ancien emplacement. Cela s’est reproduit trois fois de suite. Du coup, Catherine de Médicis qui était propriétaire des lieux a ordonné de faire reconstruire une chapelle là il y en avait une pour y installer la statue. Un premier pèlerinage a eu lieu le 6 juin 1555. »

Léo : « Il existe encore ce pèlerinage ? »

Le chevalier : « Oui Léo. Au 17e siècle c’était l’un des plus populaire de France. Actuellement il est un peu plus confidentiel. Il y a à côté de la chapelle un chemin de croix et surtout la chapeloune. »

Max : « La chapeloune ? C’est quoi ça ? »

Le chevalier : « Un petit abri qui abrite la source. »

Léo : « Je suis curieux de voir ça 🙂 »

Samuel : « Le pèlerinage c’est le 15 août je suppose. »

Le chevalier : « Non mon petit Sam. Il sa fait en deux temps. Il y a ‘la montée’. La statue qui passe l’hiver à Besse est remontée à la chapelle le 2 juillet, jour de la fête de la Visitation. Elle y reste jusqu’au dimanche qui suit la saint Mathieu (21 septembre). C’est la ‘dévalade’. »

On est effectivement allés à cette chapelle plus tard… Mais je mets les fotos maintenant…

Notre Dame de Vassivière
Notre Dame de Vassivière
Notre Dame de Vassivière
Croix sur le paysage
Croix sur le paysage
La chapeloune et le Sancy

Léo : « Tu as dépassé le lieu où nous avons laissé la monture bonome. »

Yann : « Ben oui ! On va ‘ailleurs’ ! »

Max : « Oh ! C’est qui ces zoisos ? »

Bruant jaune (Emberiza citrinella, Embérizidés)

Bruant jaune (Emberiza citrinella, Embérizidés)

Léo : « Des bruants jaunes !!! Rhooo la chaaance ! »

Yann : « Vous en aviez jamais vu ? »

Max : « Une femelle première année. C’était… Léo, tu t’en souviens ? »

Léo : « En Charentmaritimie. Un Royaume de bord de mer, pas loin du Petit Royaume des Barges. »

Max : « C’est ça ! Bravo Léo ! »

Yann : « Donc vous en avez déjà vu 🙂 »

Samuel : « Ben oui ! On en a vu pendant la première sortie de ce séjour !!! Les bruants s’appellent Emberiza mais c’est lequel lui déjà ? »

Léo : « Emberiza citrinella »

Yann : « Ils ont l’air pressés. »

Max : « Oui ! Une petite pause sur le fil de fer et zou ! Plus de bruants jaunes ! »

Samuel : « Quand est-ce qu’on va au Sancy bonome ? »

Le chevalier : « Tu poses la question parce qu’on le voit d’ici ? »

Samuel : « Oui mon bonome 🙂 »

Massif du Sancy

Le chevalier : « Demain. La montée se fera par la face nord. »

Max : « Tu dis ça comme si on allait grimper le Malaya. »

Léo : « Je suppose que tu parles de l’Himalaya. »

Max : « En petitoursien on dit le Malaya. Bon, on sait où on va demain mais là, on va où ? »

Le chevalier : « A la narse de Clamouze. »

Max : « La quoi ? Qu’est ce que tu dis encore ? »

Le chevalier : « La narse de Clamouze. C’est ça ! »

La narse de Clamouze

Max : « D’accord… Alors on est venus en Auvergne pour voir les volcans qui sont des montagnes et toi tu vas au seul endroit tout plat… Mais qui m’a fichu un bonome pareil ???!!! »

Yann : « A mon avis c’est un bel endroit. »

Léo : « La vue est jolie. »

Samuel : « Et puis ça va reposer bonome. Demain il a Sancy 🙂 »

Max : « D’accord. C’est quoi ton machin bonome ? »

Le chevalier : « La narse de Clamouze ? Ou l’appelle aussi la Barthe. C’est une zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique. »

Max : « C’est une ZNIEFF ??? Type 1 ou type 2 ? Tu pouvais pas le dire tout de suite ? »

Yann : « C’est quoi une ZNIEFF ? »

Léo : « Comme bonome l’a dit c’est une zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique. C’est un endroit où on trouve un milieu, des plantes ou des animaux rares qui méritent qu’on protège la zone. »

Yann : « Je comprends. Merci Léo. »

Le chevalier : « Type 1 Max. »

Max : « Ah… Très protégée alors. Je suppose qu’il est interdit de sortir du sentier en bois. »

Le chevalier : « Tu supposes bien. Et puis, il ne vaut mieux pas. En fait nous allons rester dans la partie classée en zone 2. »

Léo : « Évidemment. Je crois comprendre que c’est une tourbière. »

Max : « Sauf que c’est la sécheresse depuis des mois. Elle doit pas être très humide la tourbière. »

Samuel : « On sort quand même pas du chemin. C’est interdit. »

Léo : « Lui, il aurait dû sortir du chemin… »

Léo et une chenille

La chenille du petit paon de nuit (Saturna pavonia, Saturnidés)

Yann : «Ah bah oui !!! Zutalor ! Elle s’est fait crabouiller cette chenille. »

Samuel : « Il me semble que c’est un Saturnidé. »

Max : « Bonome ? »

Le chevalier : « Saturnia pavonia ou petit paon de nuit. C’est bien un Saturnidé. Bravo petit Sam. »

Léo : « Je connaissais pas la chenille… »

Yann : « Dommage qu’on la voit dans cet état. »

Max : « Mon cher petit bonome, tu te rends compte que tu vas devoir faire un aller-retour ? Parce qu’il y a pas d’autre chemin. »

Le chevalier : « Pas bien grave… »

Le chemin

Yann : « Encore une chenille morte ! »

Une autre chenille du petit paon de nuit (Saturna pavonia, Saturnidés)

Max : « Je sais pas quoi penser. Soit ça veut dire qu’il y en a beaucoup dans le secteur, soit il y a une forte mortalité… »

Léo : « Je pense qu’il y a en beaucoup. Il y a les plantes hôtes des chenilles un peu partout. Mais il y a aussi une forte mortalité à cause de la sécheresse. »

Max : « La sécheresse… Elle est pas bien humide cette tourbière… »

La tourbière

La tourbière

Yann : « Vous connaissez ces plantes ? »

Léo : « Si je dis pas des erreurs il y a de la molinie et de la callune. »

Max : « Je sais pas si c’est vraiment intéressant de cheminer sur ce chemin bonome. Tu vas avoir besoin de force demain. »

Le chemin

Le chevalier : « Je peux continuer d’avancer un peu… »

Léo : « a gauche c’est tout la lande humide à callune… »

Lande humide à callune

Lande humide à callune

Max : « Et à droite c’est la tourbière à molinie. Là-bas on voit carrément la tourbe ! »

La tourbe

La tourbe

Yann : « Vous m’expliquez la tourbe s’il vous plaît ? »

Max : « La tourbe ? C’est de la matière organique fossile. C’est quand les végétos peuvent pas se décomposer à cause du manque de dioxygène. Ça arrive dans les milieux humides et toujours saturés en eau. La tourbe est composée surtout de cellulose et de lignine. Ce sont des groooosses molécules que seuls les végétos fabriquent. Elles se décomposent mal. Les zoms digèrent par ces molécules. Sans dioxygène, ces molécules s’accumulent. Si je dis pas des erreurs elles peuvent constituer jusqu’à 90 % de la tourbe. Le reste c’est la matière organique dégradée et du carbone. Il y a beaucoup d’eau aussi. La tourbe s’accumule petit à petit. Environ 5 cm par an. Ça va pas très vite. Le problème pour la nature est que la tourbe ça fait un combustible et les zoms exploitent les tourbières. Après, il y en a plus. A la place il y a des étangs ou des marais. C’est embêtant parce que les tourbières sont rares et ce sont des milieux qui accueillent beaucoup d’espèces qu’on trouve pas ailleurs. »

Yann : « C’est pour ça que c’est une ZNIEFF alors. »

Max : « Oui. Il faut protéger les tourbières. Elles méritent d’exister. Il y a pas de raison que les zoms les fassent disparaître. »

Léo : « Et puis on peut pas protéger les espèces si on protège pas le milieu. »

Max : « Bonome, tu connais les espèces rares d’ici ? »

Le chevalier : « Je te donnerai un document bien complet. »

Max : « Merci bonome. »

Tourbière

Pelouse

Samuel : « C’est tellement humide qu’il y a même un ruisseau… »

Eau douce

Le chevalier : « Une ‘tourbière’ est généralement une mosaïque de milieux. Ce n’est pas étonnant de trouver un ruisseau. »

Max : « Bon, mon bonome, tu fais quelques fotos de plantes et on rentre. Il faut pas que tu t’épuises aujourd’hui. »

Le chevalier : « C’est gentil ça 🙂 Quels plantes veux-tu ? »

Max : « Elles ! Elles sont très belles ! »

Pensée des vosges

Pensée des vosges

Le chevalier : « Viola lutea Violacées. »

Yann : « Elle ! »

Reine des près

Le chevalier : « La reine des près 🙂 Très bon choix Yann. »

Samuel : « Elle s’appelle comment en scientifique ? »

Le chevalier : « Filipendula ulmaria. C’est une Rosacées. »

Max : « Pas envie de faire la botanique. »

Le chevalier : « Tu voulais que je fotoe des plantes ! »

Max : « C’est pas pareil bonome. Fotoer des plantes c’est regarder de la beauté et en garder une trace. Faire la botanique c’est étudier. Et là j’ai pas envie. Vous avez envie vous ? »

Léo : « Pas vraiment. Je commence à fatiguer. »

Samuel : « Tout pareil ! »

Yann : « Je suis d’accord avec Max. J’ai envie de voir la beauté pas d’étudier. »

Le chevalier : « Alors un œillet… »

Œillet des chartreux

Le chevalier : « La casse-lunettes… »

Casse-lunettes

Léo : « On l’a vue dans les Alpes ! Euphrasia officinalis, Orobranchacées. La petite euphraise ou euphraise des champs. Elle soigne les problèmes de vue d’où sont nom de casse-lunettes. »

Le chevalier : « Bravo Léo ! Bien, installez-vous bien dans ma poche. Je cavale et je chevauche vers la cabane. »

Max : « On peut siester ? »

Le chevalier : « Mmmm… Vous n’aurez plus sommeil ce soir. »

Yann : « Ah si ! Oulala ! »

Le chevalier : « Alors siestez bien 🙂 »

Le soir on a été sages. Douche, repas et câlins. On a laissé bonome se reposer parce que demain, il va grimper le Sancy. Et ça m’a pas l’air tout facile !

A bientôt !

Continuer la promenade

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