170-2 D’un barrage à l’autre…

Lundi 7 Aout, An IV (suite)

Max : « Allez bonome ! On y va ! Les traces de dinosaures nous attendent ! »

Le chevalier : « Elles nous attendent depuis 200 millions d’années tu sais Max. »

Boris : « 200 millions d’années !!! »

Léo : « Oui, les fossiles c’est souvent très vieux 🙂 »

Max : « Nous on a beaucoup fossilé au Crétacé et au Jurassique. »

Samuel : « En Charentmaritimie. »

Léo : « C’est pas aussi vieux que le Trias. »

Max : « Ben non ! L’ordre du secondaire c’est : Trias, Jurassique, Crétacé ! »

Léo : « On a aussi fossilé au Paléozoïque ! »

Max : « C’est l’ère primaire ! C’était en Bretagne 🙂 »

Léo : « Bonome a des fossiles vieux de 540 millions d’années dans sa collection… »

Boris : « Rholala ! C’est viiiiieuuux ! »

Max : « Pas autant que bonome 🙂 »

Léo : « Bonome il a 15 milliards d’années. »

Max : « Il a vu la naissance de l’univers 🙂 »

Boris : « Vous exagérez pas un peu ? »

Max : « Boris, on a bien tout pesé et il y a pas d’autres hypothèses. Il a au moins 15 milliards d’années et c’est tout ! »

Samuel : « Au début je les croyais pas non plus. Mais ça explique bien le comportement du chevalier… »

Le chevalier : « Quand vous aurez fini de papoter vous jetterez un œil de l’autre côté… »

Les petizours : « Rhooooo !!! »

Lac d’Emosson inférieur

Max : « C’est pas le Lac Saint-Jean ça 🙂 »

Le chevalier : « 🙂 Non, c’est le lac d’Emosson inférieur, un lac de barrage. »

Max : « On va voir le barrage ? »

Le chevalier : « Nous allons nous promener dessus. »

Léo : « On va marcher sur le barrage ? Il va pas s’effondrer ? »

Le chevalier : « On verra bien 🙂 »

Samuel : « Chevalier, tu nous présentes les montagnes s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Bien sûr mon petitours. »

En attendant ‘mon petitours’ Samuel se met à ronronner…

Max : « Petit Sam ! Un peu de tenue ! On ronronne pas comme ça quand même ! »

Samuel : « Oups, pardon 🙂 »

Le chevalier : « Les montagnes de ce panorama… »

Le Pic de Tenneverge et la Pointe des Rosses

Le chevalier : « Que dire… Commençons par la droite. Au premier plan, en blanc et rose, vous pouvez voir les roches cristallines du socle hercynien des Aiguilles Rouges. Plus loin, vous apercevez les strates gris-bleuté de la nappe sédimentaire de Morcles. »

Max : « C’est ça la nappe de Morcles ? »

Le chevalier : « C’est ça 🙂 »

Max : « Et elle, tout là-bas, elle vient de derrière nous quelque part entre le Mont-Blanc et ici ? »

Le chevalier : « Tout à fait 🙂 »

Max : « Elle a la bougeotte la nappe de Morcles… »

Le chevalier : « J’ai oublié de vous présenter le Pic de Tenneverge et la Pointe des Rosses… »

Léo : « Oubli réparé 🙂 »

Le chevalier : « Regardons un peu plus à gauche… »

La Pointe de la Finive

Le chevalier : « La Pointe de la Finive… Sa base est constituée de roches cristallines. »

Léo : « En clair. »

Le chevalier : « Oui, et la nappes de Morcles vient les chevaucher. »

Samuel : « On va voir le chevauchement ? »

Le chevalier : « De loin. Ah, quoique… Vous verrez. »

Léo : « Bonome, c’est quoi là-bas au fond. La tâche claire ? »

Le chevalier : « L’autre barrage… »

Max : « Il y a un autre barrage ? Pourquoi un autre barrage ? Il y a un collectionneur de barrage qui habite pas loin ? »

Boris : « Ben oui, pourquoi il y a deux barrages ? Un seul suffisait pas ? »

Le chevalier : « Je ne suis pas spécialiste en barrage Boris. Mais il me semble que le premier ne donnait pas entière satisfaction. Connaissez-vous le principe de fonctionnement d’un barrage ? »

Léo : « Je sais ! »

Max : « Léo sait tout… »

Le chevalier : « Je t’écoute Léo. »

Léo : « On fait un barrage pour qu’il y ait un lac avec beaucoup d’eau. Et on fait passer l’eau dans des petits tuyaux qui arrivent sur des grandes hélices. L’eau coule vite parce qu’il y a beaucoup d’énergie potentielle au départ qui se transforme en énergie cinétique. Et puis après, je sais pas comment mais il faut des bobines et des aimants, l’énergie cinétique de l’eau se transforme en énergie électrique. »

Max : « Il a bon bonome ? »

Le chevalier : « Je n’aurais pas fait mieux 🙂 »

Max : « Comment il sait ça lui ? »

Samuel : « Bravo cousin Léo ! Bravo ! »

Boris : « Il faut que j’apprenne ça aussi moi ? »

Max : « Non non non ! Oula ! Il y a que Léo qui sait ça ! »

Boris : « Ouf ! »

Max : « Bon, maintenant qu’on est sûr que Léo est autiste, est-ce que tu peux expliquer pourquoi il y a deux barrages bonome ? »

Léo : « Je suis pas autiste ! Max, tu arrêtes de dire que je suis autiste sinon je te jette dans le lac et tu te fais broyer par les hélices ! »

Max : « Tu ferais ça ? »

Léo : « Tu commences à m’énerver sérieusement avec ton ‘Léo est autiste’. LÉO EST PAS AUTISTE ! »

Max : « Tu me cries dessus ? TU ME CRIES DESSUS ? »

Léo : « ET SI TU CONTINUES JE TE PLOUFE ! »

Samuel : « Cousin Max, tu devrais arrêter avec ça. »

Le chevalier : « Et si nous revenions aux barrages ? Le premier barrage n’a pas été une réussite. Il n’y avait pas assez d’eau qui ruisselait en direction du barrage. Le lac ne se remplissait pas suffisamment et le barrage ne fournissait pas assez d’énergie. »

Max : « Il y a pas des ingénieurs qui ont fait des études avant de construire le barrage ? »

Le chevalier : « Si si ! Mais ils ont oublié un détail. »

Samuel : « Quel détail ? »

Le chevalier : « Le pendage des strates de la nappe de Morcles. Nous verrons que ce n’est pas toujours facile de le déterminer mais, globalement, les strates penchent de l’autre côté. »

Samuel : « Alors l’eau part de l’autre côté ? »

Le chevalier : « Oui, du côté de Sixt, au lieu-dit le Fer à Cheval. C’est une falaise en fer à cheval qui est connue pour ses cinq magnifiques cascades. »

Max : « Et les ingénieurs le savaient pas ça ? »

Le chevalier : « Apparemment non 🙂 »

Max : « Et ils sont en prison maintenant ? »

Le chevalier : « Non, mais je compte bien sur le rapport que tu ne vas pas manquer d’envoyer à Princesse pour qu’ils y aillent. »

Max : « Ah mais je fais un rapport dès qu’on rentre bonome ! Ils doivent aller en prison ces ingénieurs ! Alors ils étudient rien du tout et ils font construire un barrage alors que l’eau va de l’autre côté ! Pfff ! Moi aussi je peux le faire ! »

Léo : « Donc ils ont fait un second barrage… »

Le chevalier : « Oui, et nous nous allons voir les deux 🙂 »

Boris : « Voici le premier… »

Max : « Et cette montagne toute pointue ? C’est qui ? »

L’Aiguille du Van

Le chevalier : « L’Aiguille du Van 🙂 Si je ne dis pas d’erreurs elle est constituée de blastomylonites et de gneiss migmatitiques. »

Max : « Absolument ! Ça se voit bien d’ailleurs 🙂 »

Léo : « Les blastomylonites ? On a déjà vu des mylonites il me semble. »

Samuel : « A Roubignolle ! »

Max : « A Roubignolle ? Ah oui ! Les métarhyolites mylonitiques ! Ben oui ! A cause du chevauchement des porphyroïdes de la Sauzaie sur les séries rythmiques inférieures au Rocher Sainte Véronique ! »

Le chevalier : « Mes petizours vous m’impressionnez ! »

Boris : « Moi je connais pas… »

Léo : « Le chevauchement c’est quand une couche de roches se décolle pour passer sur une autre. Comme quand la nappe de Morcles s’est décollée pour aller se balader là-bas. »

Boris : « Oui, j’ai compris le chevauchement. Je comprends pas bien comment c’est possible que tout ça de roches se déplace sur des kilomètres mais j’admets. »

Max : « Ah ben la tectonique fait son travail de tectonique… »

Léo : « Nous, ce qu’on a vu à Roubignolle… »

Le chevalier : « A Brétignolles sur mer ! »

Léo : « Oui oui. Nous, ce qu’on a vu, c’est qu’au contact des deux ensembles de roches, il y a eu des frottements et ça a transformé les roches à cause de la chaleur. »

Samuel : « Frotte fort tes pattes l’une contre l’autre cousin Boris. »

Boris : « Comme ça ? Ouille ! Ça brûle ! »

Max : « Ben oui ! Alors quand deux couches de roches se frottent l’une contre l’autre ça chauffe et ça transforme la roche dans la zone de contact. »

Léo : « Et il se forme des mylonites. »

Boris : « D’accord. Donc là ça a frotté ? »

Max : « Bonne question ça ! Bonome ? »

Le chevalier : « Il y a une grande faille il me semble. »

Max : « La faille de … C’est celle de Chamonix non ? »

Le chevalier : « Oui, mais il y en a d’autres. Reprenons une foto de tout à l’heure… »

Encore la Pointe du Van

Le chevalier : « Observez bien la droite de la Pointe du Van. »

Max : « On dirait qu’elle est coupée net ! »

Léo : « Ce serait la faille ? »

Le chevalier : « Oui. »

Samuel : « Alors quand la faille a joué, des mylonites se sont formées juste autour de la faille. »

Max : « Mais c’est quoi les blastomylonites ? Pourquoi blasto ? »

Le chevalier : « Parce qu’il y a des gros cristaux dans ces mylonites. »

Max : « Bon, on sait les blastomylonites. Les gneiss migmatitiques maintenant… »

Le chevalier : « J’ai déjà dit les gneiss. Ce sont des roches métamorphiques. On les qualifie de migmatitiques quand ils ont un peu commencé à fondre mais pas vraiment…. »

Max : « Explique bonome ! »

Le chevalier : « En faisant simple… Dans une roche, tous les minéraux n’ont pas la même température de fusion. Quand un gneiss est fortement chauffé, une partie de ses minéraux commence à fondre. Ce sont en général les minéraux blancs, riches en silice, sodium et potassium qui fondent les premiers. Cette partie forme le mobilisat. Les autres minéraux, sombres, riches en fer et en magnésium, ne changent pas vraiment. Ils forment la restite. Pas trop compliqué ? »

Max : « Tu as fait des efforts. j’apprécie 🙂 »

Léo : « Donc le gneiss s’est transformé et on doit voir comme des rubanements clairs et sombres dedans. »

Samuel : « Vous vous rendez compte  de tout ce qu’on sait d’un coup ? »

Max : « Oui, mais tu vas expliquer pour Boris. »

Boris : « Oui, je veux bien. Parce que c’est compliqué la géologie quand on débute. »

Samuel : « Oui, moi j’ai commencé à Bretignolles ! Oulala ! C’était compliqué ! Bon, d’abord des roches se sont formées. Je vais dire que ce sont des roches sédimentaires mais je sais pas bien. Dépôts d’argiles comme en Charentmaritimie. Tu vois cousin Boris ? »

Boris : « Oui oui, ça je vois. C’est la vase 🙂 »

Samuel : « Ces roches ont été enfouies et ont donné des roches plus solides. Comme les schistes. Mais il y a eu l’orogenèse sûrement hercynienne. Alors les schistes ont donné des gneiss en profondeur. Mais ça s’est pas arrêté là ! Les gneiss se sont encore enfoncés ! Et ils ont migmatisé, avec le mobilisat et la restite. Puis la chaîne de montagnes s’est érodée et les gneiss migmatitiques sont remontés. Puis les Alpes se sont formées et les gneiss migmatitiques sont encore plus remontés. Et après il y a eu les failles. Et ils se sont mylonitisés le long du plan de faille. »

Boris : « Tout ça d’histoire ! »

Léo : « Il y a peut-être un autre scénario petit Sam. Je reprends le tien jusqu’à la formation des gneiss. Mais ensuite la chaîne s’érode et les gneiss font une première remontée. Puis ils sont de nouveau enfouis lors de l’orogenèse alpine. C’est là qu’ils se migmatisent avant de remonter encore. Puis après je suis d’accord. »

Max : « Aïe ! Les deux scénarios se tiennent. Bonome ? Tu en penses quoi toi qui as vu ces orogenèses ? »

Le chevalier : « 🙂 Il y a deux phases de métamorphisme dans les Alpes : la phase hercynienne et la phase alpine. Du coup, j’opterais pour le scénario de Léo. »

Samuel : « Tu suis cousin Boris ? »

Boris : « C’est un peu compliqué. Heureusement que votre tante Yvonne m’a montré la formation des Alpes 🙂 »

Max : « Il faudra lui donner des nouvelles ! »

Léo : « Le vent s’en charge Maxou. »

Max : « Il souffle pas beaucoup… »

Samuel : « Non mais je préfère moi. Le grand vent à la montagne ça pourrait être dangereux. »

Boris : « Le barrage ! Qu’il est graaaand !!! »

Le barrage d’Emosson

Max : « Il faut descendre et traverser. Bonome, on a beaucoup papoté alors tu traverses vite fait avec tes grandes pattes. Pendant ce temps on fait silence en profitant du paysage ! Allez, c’est parti ! »

Un peu plus loin…

Le chevalier : « Voilà ! Nous avons traversé le barrage et il ne s’est pas effondré 🙂 »

Léo : « On peut faire le point sur le paysage s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Bien sûr mon petitours. Observez vers le vieux barrage… »

La Pointe de la Veudale et la nappe de Morcles

Le chevalier : « Sur la droite ce sont les contreforts de la Pointe de la Finive en gneiss. Vous voyez au dessus la nappe de Morcles chevauchante. Au centre, la zone la plus verte est formée de micaschistes. Autour ce sont les gneiss. Tout à droite ce sont les blastomylonites et les gneiss migmatitiques de la base de la Pointe du Van. Une faille peut se repérer dans ce paysage. »

Max : « Je la vois ! Elle passe à gauche des micaschistes au niveau du ruisseau qu’on voit à peine. Et elle remonte vers la gauche avec un angle d’environ 45° »

Le chevalier : « Bien vu Maxou ! »

Léo : « C’est cette faille qui est à l’origine de la mylonitisation des roches ? »

Le chevalier : « Peut-être. Sûrement même. Enfin, je ne sais pas… »

Max : « Boris, note la date et l’heure ! Bonome ne sait pas quelque chose ! »

Léo : « C’est exceptionnel ! »

Samuel : « Je n’avais jamais assisté à ça 🙂 »

Max : « C’est comme se réveiller à 5h30. On avait jamais assisté à ça 🙂 »

Léo : « Y a-t-il lien de cause à effet ? »

Samuel : « C’est probable 🙂 »

Le chevalier : « Admirez ce paysage au lieu de vous moquer de moi… »

Le lac d’Emosson

Max : « Tu crois que c’est seulement à cause de la beauté qu’on a dans les yeux qu’on trouve ça beau ? »

Léo : « La beauté n’est-elle pas intrinsèque au paysage ? »

Max : « C’est ce que je viens de dire ! »

Léo : « Ben c’était pas clair ! »

Max : « Si c’était clair ! »

Le chevalier : « Max, Léo, ne commencez pas à vous chamailler ! »

Léo : « Je chamaillais pas moi ! C’est Max ! »

Max : « Cafteur ! »

Le chevalier : « Cessez de vous chamaillez ! Léo, file dans la poche avec Boris. »

Samuel : « Alors je vais avec cousin Max. »

Le chevalier : « Merci mon petit Sam. »

Léo : « Bonome, on peut faire la botanique aussi ? »

Le chevalier : « Oui Léo. »

Max : « C’est comme ça l’Alpinologie 🙂 La géologie, la botanique, la zoologie… C’est tout mélangé. »

Léo : « Bonome, tu connais cette jolie plante à fleurs rose ? »

Le chevalier : « Celle-là je suppose ? »

Une épilobe

Le chevalier : « C’est une épilobe, de la famille des Onagracées. Il en existe de nombreuses espèces que je confonds un peu : l’épilobe hirsute, l’épilobe en épi, l’épilobe à feuilles étroites… »

Max : « Et là ? C’est laquelle ? »

Le chevalier : « Je dirais l’épilobe en épi. On peut l’observer dans différents milieux : les boisements de fonds de vallées, les friches et les broussailles de l’étage montagnard, les reposoirs des troupeaux ou encore les éboulis grossiers. Il n’est pas rare d’en voir de vastes peuplements dont la hauteur dépasse la hauteur d’un homme. L’épilobe hirsute se caractérise par un fruit très allongé s’ouvrant en quatre et libérant de nombreuses graines surmontées d’une aigrette. La dispersion des graines se fait grâce au vent. On parle d’anémochorie. Ces aigrettes servaient autrefois à fabriquer des mèches pour des bouts de chandelle. »

Léo : « Merci bonome. »

Max : « On va faire beaucoup la botanique ? »

Le chevalier : « Comme vous voulez. »

Boris : « Moi je veux bien. C’est plus facile que la géologie. »

Max : « Alors on fait la botanique mais on regarde quand même les roches quand on en voit. »

Samuel : « Bonne idée ! Comme ça le chevalier peut nous parler de cette autre plante. »

L’adénostyle alliaire

Le chevalier : « L’adénostyle à feuilles d’alliaire, Adenostyles alliara, Astéracées. »

Max : « C’est une Astéracée ça ? »

Le chevalier : « Oui, une liguliflore. On la trouve dans les mégaphorbiaies et les fourrés de vernes. »

Max : « D’accord… Tu as pas tenu longtemps. Les mégaphorbiaies et les fourrés de Jules Verne. Des mots compliqués évidemment. Et tu ferais pas la phytosociologie là ? »

Le chevalier : « Juste un peu :)»

Max : « Bonome, tu vas pas avoir d’amis si tu fais ça ! Et tu vas plus avoir de petizours non plus ! »

Léo : « Moi j’aime bien les habitats ! »

Le chevalier : « Je donnerai quelques indications pour toi Léo mais pas trop pour épargner Max. »

Samuel : « Ça c’est le chevalier ! Il essaye toujours de satisfaire tous ses petizours 🙂 »

Max : « On continue la botanique. Bonome, interro ! C’est qui cette plante ? »

La gentiane jaune

Le chevalier : « C’est une gentiane… Gentiane jaune ou gentiane ponctuée ? Mmmmm… »

Max : « Laquelle est la plus fréquente ? »

Le chevalier : « La gentiane jaune ou grande gentiane. »

Max : « Alors disons que c’est la gentiane jaune. Raconte nous la grande gentiane s’il te plaît ! »

Le chevalier : « La grande gentiane ou Gentiana lutea est une plante commune de la famille des Gentianacées. On la trouve dans les prairies subalpines, les friches et les broussailles de l’étage montagnard et les boisements d’adret, surtout sur sols calcaires. Elle est délaissée par les vaches en raison de sa forte amertume. »

Samuel : « J’aime pas quand c’est amer moi. »

Léo : « Moi non plus ! »

Max : « Exemple d’amertume : le café ! Bonome tu aimes l’amertume toi 🙂 »

Le chevalier : « Pas toujours… La gentiane jaune sert à faire une liqueur. Pour cela, il faut extraire du sol ses longues racines. On les récolte surtout à l’automne. Mais il faut faire attention. La gentiane jaune est une plante vivace qui ne fleurit qu’au bout de 10 ans ! »

Boris : « Il faut pas couper les racines avant alors ! »

Max : « Ben non ! Sinon il y a pas de fleurs et donc pas de reproduction ! »

Le chevalier : « Les montagnards le savent bien 🙂 Les racines récoltées sont mises à fermenter. Comme elles sont riches en sucre, la fermentation est facile. Puis, par distillation à la vapeur, on obtient une eau de vie amère et pleine de vertus. »

Max : « Et pleine d’alcool ! »

Le chevalier : « Oui 🙂 50° environ. »

Max : « Si on en boit on est saoul ! »

Le chevalier : « On est pas obligé d’en boire beaucoup. On continue ? »

Léo : « On fait encore la botanique ? »

Max : « Non. On regarde le paysage 🙂 »

La Pointe de la Veudale

Le chevalier : « C’est la pointe de la Veudale… »

Boris : « C’est impressionnant vu d’ici ! »

Samuel : « Rho ça oui ! »

Léo : « Bonome, la végétation, c’est la lande à Éricacées ? »

Le chevalier : « Oui Léo. On aperçoit d’ailleurs des rhododendrons. Nous aurons l’occasion d’en observer de plus près. »

Samuel : « Et là ? C’est qui cette plante ? »

La petite astrance

Le chevalier : « La petite astrance, Astrantia minor, Apiacées. »

Max : « Apiacées ? Comme la carotte ? »

Le chevalier : « Oui Maxou. Cette petite plante bisanuelle commune se trouve dans les landes et les landines, à l’ombre des rhododendrons ou en lisières des bois. Là vous avez la grande astrance, Astrancia major. »

La grande astrance

Samuel : « Elles se ressemblent beaucoup toutes les deux ! »

Le chevalier : « Je ne suis d’ailleurs pas sûr de mes déterminations… »

Léo : « Pas grave bonome. »

Max : « J’ai pas pris ma flore ! »

Le chevalier : « Moi non plus. Je pensais surtout aux empreintes de dinosaures 🙂 »

Max : « Je comprends ! On y va ? »

Léo : « Maxou, je crois que nous sommes déjà en chemin 🙂 »

Le chevalier : « Oui, le prochain objectif est l’ancien barrage que vous pouvez voir. »

La Pointe de la Veudalle

Max : « Tu vas grimper jusque là-haut ? »

Le chevalier : « Et plus haut encore. »

Boris : « Vous avez remarqué comme le paysage change vite à la montagne ? Tout à l’heure on voyait la vallée de l’Arve avec le massif du Mont-Blanc. Puis il y a eu les montagnes de la nappe de Morcles, la Pointe du Van… Et maintenant c’est la Pointe de la Veudale qui domine le paysage et elle change d’aspect tous les trois virages… »

Léo : « C’est vrai. C’est pas pareil quand on avance. »

Le chevalier : « Le paysage tel qu’en lui même, toujours il change… »

Samuel : « Elle est étrange cette phrase… »

Le chevalier : « Elle est de notre Maxou. Oui elle est étrange. Cependant elle correspond bien à la réalité. »

Max : « Elle exprime parfaitement l’immuabilité d’un paysage et les variations apparentes dues aux conditions ambiantes et au point de vue d’où on le regarde. »

Léo : « Tu as raison Maxou. »

Max : « Ben oui j’ai raison 🙂 Qu’est ce que tu regardes comme ça petit Sam ? »

Samuel : « L’épilobe en épis. Elle est très belle cette plante… »

Léo : « Je suis bien d’accord. »

Max : « Bonome, fotoe les épilobes en épis pour Sam le Pirate 🙂 »

Le chevalier : « A vos ordres chef Max ! »

Une épilobe Une autre épilobe

Samuel : « Merci chevalier 🙂 »

Max : « Bonome, regarde par terre ! »

Le chevalier : « J’ai vu. »

Max : « On descend ! »

Léo : « Voilà ! »

Boris : « C’est rigolo de descendre le long du bermuda comme ça 🙂 »

Max : « Avec le pantalon c’est plus long et plus rigolo encore ! Là, on est obligés de freiner pour sauter. »

Léo : « Observons un peu… »

Une migmatite Un peu plus loin

Max : « C’est une migmatite ? »

Le chevalier : « Ça y ressemble. »

Léo : « En blanc c’est le mobilisat. Les minéraux qui fondent aux plus basses températures ont fondu. Puis, plus tard, ils ont de nouveau cristallisé en grand machin blanc. »

Samuel : « Et les autres minéraux forment la restite ! »

Boris : « C’est quoi les températures de fusion ? »

Le chevalier : « Les minéraux riches en silice, sodium et potassium commencent à fondre vers 700°C il me semble… »

Samuel : « Et pourquoi ils sont plissés ? »

Léo : « Je crois savoir ! Même si la restite fond pas, elle se ramollit un peu. Et comme il y a des mouvements tectoniques, tout ça peut se plier sans casser. Après, quand ça se refroidit, ça durcit et c’est comme ça. »

Boris : « Regardez là-haut ! »

La Gorge du Vieux

Le chevalier : « La Gorge du Vieux ! »

Max : « C’est ta gorge bonome ? »

Léo : « 🙂 »

Samuel : « Et vlan chevalier ! »

Le chevalier : « 🙂 »

Boris : « C’était pas très gentil ça… »

Max : « Mais c’était rigolo 🙂 »

Léo : « A 15 milliards d’année on est un peu vieux quand même… »

Samuel : « Elle vient d’où cette gorge ? Pourquoi c’est tout creusé comme ça ? »

Le chevalier : « Avant le barrage, il y avait un ruisseau qui a creusé son lit. »

Boris : « Le Vieux c’est le ruisseau ? »

Le chevalier : « Ce qu’il en reste, oui. »

Max : « Tu vas grimper par là ? »

Le chevalier : « Non non ! Il y a le chemin. C’est plutôt une route d’ailleurs. »

Léo : « Bonome, tu nous présentes cette fleur ? On dirait une centaurée… »

La centaurée nervée Centaurea nerva

Le chevalier : « C’est bien une centaurée. La centaurée… »

Max : « La centaurée ? »

Le chevalier : « Encore une fois il y a deux espèces proches. Examinons attentivement. La caractéristique des centaurées de ce groupe est la présence d’une seule fleur terminale à involucre recouvert par les appendices des bractées. On parle du groupe Uniflora. La centaurée uniflore, Centaurea uniflora a une nervure unique sur le dessus de la feuille. Ses feuilles et sa tige sont couvertes de duvet blanc. Chez Centaurea nervosa il y a plusieurs nervures et les feuilles sont dentées. »

Samuel : « On regarde ça ! »

Boris : « Je vois plusieurs nervures ! »

Léo : « Et moi je vois des feuilles dentées ! »

Max : « Moi je vois rien du tout 🙂 »

Samuel : « Cousin Max ! Si tu fermes les yeux et que tu les caches avec tes pattes tu verras rien du tout ! Quel plaisantin ce cousin Max 🙂 »

Boris : « C’est la centaurée nervée alors ? »

Le chevalier : « Je pense Boris. Centaurea nerva, Astéracées. »

Max : « C’est vraiment une grande famille les Astéracées. »

Léo : « J’aime bien les centaurées moi. Et il y en a partout. A la mer, à la montagne. C’est pas les mêmes espèces et c’est encore mieux 🙂 »

Max : « Et ça ? C’est un trèfle ? »

Le trèfle alpin

Le chevalier : « Le trèfle alpin, Trifolium alpinum, Fabacées. »

Max : « Les trèfles aussi il y en a beaucoup. Moi j’aime bien le trèfle porte-fraise. »

Samuel : « Oui mais là c’est le trèfle alpin ! »

Le chevalier : « C’est une plante des pelouses subalpines ou alpines. Elle est parfaitement adaptée à ce milieu. Les tiges sont courtes, les fleurs sont serrées et la racine s’enfonce profondément dans le sol. Elle peut mesurer plus d’un mètre. Elle a une saveur sucrée dont le goût ressemble à celui de la réglisse. On peut d’ailleurs la déguster comme une sucette. »

Max : « On goûte ? »

Léo : « Non ! On abîme pas les trèfles ! On coupe pas leur racine ! »

Samuel : « D’accord avec cousin Léo ! »

Boris : « D’accord aussi ! »

Max : « Alors on goûte pas… »

Boris : « Oh ! Un papillon ! »

Le cuivré de la verge d’or

Max : « Famille des Lycaenidés ! Vu la couleur c’est un cuivré ! Et comme il est uniforme c’est un mâle. Mais je connais pas l’espèce. Bonome, tu sais toi ? »

Le chevalier : « Pfff ! Les Lycaenidés… Je dirais aussi que c’est un cuivré. Mais lequel ? Mmmm… Lycaena virgaurea ? Le cuivré de la verge d’or. La plante hôte de la chenille est le rumex petite-oseille qui s’observe dans ce milieu. C’est cohérent. Mais pas sûr… »

Boris : « C’est toujours comme ça avec vous ? »

Max : « On a déjà entendu cette question 🙂 »

Léo : « Petit Sam a demandé la même chose à Roubignolle 🙂 »

Samuel : « Oui c’est toujours comme ça 🙂 On fait des tas de choses fort savantes en passant d’une discipline à l’autre comme ça ! Et on voit plein de beauté. En plus le chevalier est très gentil avec nous. Il nous gâte. »

Boris : « C’est un peu déroutant… Et puis je peux pas tout retenir moi ! »

Léo : « Ah ben non ! Personne peut tout retenir ! »

Samuel : « Il y a que le chevalier ! »

Max : « Et c’est pour ça que mon blog a pas de succès ! Les insectologues font pas la géologie ni la botanique. Les géologues se fichent des zanimos. Les ornithologues se fichent des papillons. Nous on est na-tu-ra-listes ! Alors on fait tout ! Comme ça se présente. »

Samuel : « Et c’est toujours comme ça 🙂 »

Léo : « Quand même pas ! L’alpinologie c’est encore plus tout que d’habitude. »

Max : « En plus, là, des traces de dinosaures nous attendent… »

Le chevalier : « Il faudrait que nous avancions un peu… Regardez où nous en sommes… »

La Gorge du Vieux et la Pointe de la Veudalle

Léo : « On profite du paysage ! »

Max : « Et on a le temps puisque tu t’es levé dès potron-minet ! »

Samuel : « A 5h30 du matin ! »

Boris : « Oh ! »

Le tunnel

Max : « On va tunnéler ! »

Léo : « On va passer dans la montagne ! »

Samuel : « Tabarnak ! »

Boris : « Oulala ! »

Le chevalier : « Ce n’est qu’un petit tunnel ! »

Max : « Bonome, on va tunnéler dans la montagne ! »

Le chevalier : « Oui, nous allons tunnéler 🙂 »

Boris : « Rhoooo ! C’est biiiieeeennnn ! »

Samuel : « C’est bizarre d’être dans la montagne ! »

Léo : « Pour être précis, nous sommes pas dans la montagne. Le tunnel est une cavité externe qui traverse la montagne. Comme un tube digestif est une cavité externe qui traverse un organisme. »

Max : « Léo, mon cher Léo, mon cousin adoré… Tu sais que je t’admire ? Mais là tu… Comment dire ? On tunnéle dans la montagne et puis c’est tout ! »

Léo : « Oui Maxou 🙂 »

Samuel : « Et le chemin se prolonge comme ça ! »

Le chemin

Le chevalier : « Il faudrait que je vous emmène dans le Haut-Giffre un jour. Je connais quelques chemins qui vous plairaient… »

Max : « On peut y aller demain si tu veux. »

Le chevalier : « Non Max. Nous sommes dans les Aiguilles-Rouges et nous inspectons les Aiguilles-Rouges. Nous ferons peut-être un séjour dans le Haut-Giffre plus tard. »

Max : « D’accord. On fait comme ça. »

Léo : « On reprend la botanique ? »

Le chevalier : « Quelle plante veux-tu que je te présente ? »

Léo : « Celle-ci 🙂 »

La parnassie des marais

Le chevalier : « Je vois. La parnassie des marais. Je l’aime beaucoup cette petite plante. Parnassia palustris, Saxifragacées. C’est une plante de milieux humides, tous les milieux humides, des mégaphorbiaies en bord de lacs. »

Max : « Bonome, ça fait plusieurs fois que tu parles de mégaphorbiaies. C’est quoi les mégaphorbiaies ? »

Le chevalier : « Pour faire simple, ce sont des prairies humides au sol riche. On y trouve des herbes mais aussi des Dicotylédones pouvant être assez hautes. Les mégaphorbiaies sont toujours humides et peuvent même être inondées. La flore et la végétation y sont assez riches et hébergent donc une faune diversifiée. »

Max : « D’accord. Merci bonome. »

Boris : « Pourquoi tu dis la flore et la végétation ? C’est pas pareil ? »

Samuel : « Non cousin Boris. La flore c’est l’ensemble des espèces en un lieu, alors que la végétation correspondant à la quantité de végétos dans ce même lieu. On peut imaginer une flore très réduite avec beaucoup de végétation. Par exemple les forêts de pins. Il y a presque que des pins. La flore est pas très riche puisqu’il y a qu’une espèce. Mais c’est grand un pin. Et comme il y en a beaucoup, ça fait beaucoup de végétation. La mégaphorbiaie c’est beaucoup d’espèces donc une flore variée. Et puis si j’ai bien compris c’est assez haut, même si c’est pas la forêt quand même. Alors il y a de la végétation. Tu as compris ? »

Boris : « Oui, merci Samuel. C’était très clair. »

Le chevalier : « Alors revenons à la parnassie des marais. Si vous regardez bien vous verrez qu’elle à 5 vraies étamines. »

Léo : « J’en vois qu’une ! »

Le chevalier : « C’est vrai… »

Max : « Mais c’est quoi alors les machins avec des boules jaunes au bout ? »

Le chevalier : « Ce sont des staminodes. Des étamines stériles, ramifiées, qui se terminent par des glandes sphériques ressemblant à des gouttes de nectar. Les nectarivores viennent essayer de se nourrir de ce faux nectar mais se font leurrer. »

Max : « Et au passage ils se couvrent de pollen et quand ils vont sur une autre parnassie ils la pollinisent ! »

Le chevalier : « Exact Max ! »

Samuel : « Oh ! La jolie fleur violette ! »

La gentiane des camps

Le chevalier : « La gentiane des champs, Gentianella campestris, Gentianacées. »

Boris : « Un gentiane ? Mais elle ressemble pas du tout à la gentiane jaune ! »

Max : « Boris, les familles de plantes se reconnaissent surtout aux fleurs. On a pas bien vu celles de la gentiane jaune. Bonome, tu peux nous expliquer les gentianes ? »

Le chevalier : « Les Gentianacées plutôt. Oui, je peux, rapidement. Ce sont des Astéridés ou gamopétales tétracycliques comprenant quatre cycles et de type post-obdiplostémone. 5C + 5P + 5E + 2C. »

Max : « Ah ouai d’accord. Bien bien bien. Mmmmm… Dites les cousins, je fais quoi là ? Je crie ou on le jette dans la Gorge du Vieux ? »

Léo : « La Gorge du Vieux ! »

Samuel : « Non non ! Comment on rentre sinon ? »

Boris : « Moi je fais pas le retour à pattes ! »

Léo : « Pas bête… »

Max : « Je lui détruis les tympans alors ? »

Léo : « Pas assez sévère. »

Le chevalier : « Dois-je déduire de ce conciliabule petitoursien que j’ai fait trop compliqué ? »

Max : « Trop compliqué ? Noooooon. Ben non ! On a réussi à comprendre ‘Ce sont’ ‘ou’, ‘comprenant’, ‘quatre’ et ‘et’. »

Léo : « Ben oui ! »

Samuel : « Tu as un peu parlé français quand même ! »

Boris : « Sinon c’était quelle langue ? »

Max : « Du bonomien. Bon, bonome, on te laisse une autre chance de nous expliquer les Gentianacées. »

Le chevalier : « Les Astéridés forment un sous-ordre des Astérales. Les pétales sont soudés. On dit que la fleur est gamopétale. Comme il existe quatre types de pièces florales disposées en cercle, on dit tétracyclique. Ces pièces florales sont, de l’extérieur vers l’intérieur, les sépales (S), les pétales (P), les étamines (E) et les carpelles (C). Le type post-obdiplostémone… On parle de fleur obdiplostémone quand il y a deux fois plus d’étamines que de pétales. Il existe deux cercles (on dit verticilles) d’étamines. Sur le verticille externe, les étamines sont opposés aux pétales alors que celles du verticille interne sont opposées aux sépales. Post-obdiplostémone c’est quand les cinq étamines internes n’existent plus. Il ne reste que le verticille externe. Les étamines sont donc disposées en face des pétales. »

Max : « Oui ben laisse tomber. »

Le chevalier : « Je laisse tomber ? »

Max : « Ben oui. On comprend rien du tout aux vers qui cillent ! Et pourquoi ils cillent les vers ? Qu’est ce qu’ils font là d’abord ? Laisse tomber je te dis ! »

Léo : « Oui, présente nous plutôt cette drôle de plante… »

La carline acaule

Le chevalier : « La carline acaule, Carlina acaulis, Astéracées.

Max : « La carline à Caule… C’est qui Caule ? »

Léo : « Pfff ! On dirait la carline de Caule ! »

Samuel : « Chevalier, laisse ces petizours de chamailler et parle nous de la carline acaule s’il te plaît. »

Le chevalier : « Volontiers 🙂 C’est une plante assez fréquente en milieu ouvert des étages montagnard et sub-alpin. On l’observe dans certains éboulis, dans les pelouses, les terres en déprise de l’étage… Il faut se méfier si on veut s’asseoir dans l’herbe, car ses feuilles et ses bractées sont très piquantes. Pourtant, elles font le régal des marmottes. »

Max : « On va voir des marmottes ? »

Le chevalier : « Je ne peux pas te dire Maxou. »

Léo : « Les marmottes aiment bien les carlines ? »

Le chevalier : « Oui, surtout le… Je pense que c’est le thalamus, l’équivalent du cœur d’artichaut. Il me semble bien que c’est le thalamus. La partie de la fleur entre le pédoncule et la fleur au sens strict. Les marmottes en raffolent. »

Samuel : « Chevalier, parfois tu as des anecdotes sur les plantes, les zanimos… Tu en as pas sur la carline ? »

Le chevalier : « Si 🙂 Son nom dérive de Carolus c’est à dire Charles. Il se trouve que, selon une légende du Pays des Zoisos, un ange serait apparu à Charles le Grand (Carolus Magnus ou Charlemagne) pour lui indiquer que la carline pouvait épargner la peste aux personnes qui la consommaient en soupe ou en infusion. »

Samuel : « Et c’est vrai ? »

Le chevalier : « Quoi ? Qu’un ange pharmacologue est apparu à Charlemagne ou que la carline protège de la peste ? »

Max : « Pfff ! C’est faux les deux ! »

Boris : « C’est bizarre les légendes… »

Max : « Bonome nous a expliqué quelques légendes, surtout celles de saint Denis. Une légende c’est ce qui mérite d’être raconté. Ça doit être du grékancien ou du latin ancien. Mais c’est pas vrai une légende. C’est souvent allégorique. Il y a un sens caché qui permet de transmettre un enseignement. C’est compliqué. On t’expliquera ça. Mais il faut pas croire les légendes comme ça. »

Samuel : « Dites, on est dans les Alpes là, en quête d’empreintes de dinosaures. Alors on va pas faire les légendes. »

Max : « Oui petit Sam. J’ai dit qu’on expliquerait à Boris. J’ai bien utilisé le futur. Le futur ça veut dire pas maintenant 🙂 »

Léo : « Maintenant on continue la botanique. »

Le chevalier : « Nous n’avançons pas très vite… »

Max : « Bonomou, ronchonne pas parce qu’on avance pas vite. Je vois bien que la montée t’essoufle un peu quand même. Forcément, avec ce que tu pétunes ! Alors elles t’arrangent bien nos pauses botaniques. »

Léo : « Oui, et en plus on aime bien 🙂 Tiens, si tu nous présentais cette plante à fleurs jaunes. »

L’aconit tue-loup Aconitum vulparia

Le chevalier : « L’aconit tue-loup, Aconitum vulparia, Renonculacées. »

Max : « C’est aussi une grande famille les Renonculacées. »

Léo : « Pourquoi tue-loup ? Elle tue les loups l’aconit tue-loup ? »

Le chevalier : « Elle peut le faire. Les aconit contiennent un alcaloïde toxique, l’aconitine. »

Samuel : « Oulala ! Mais c’est dangereux ! T’approche pas chevalier ! »

Le chevalier : « Je vais éviter. L’aconitine peut être transmise par voie cutanée. Il suffit de toucher la plante pour que le poison entre dans le corps. Il provoque… Une ouverture des canaux à sodium dans l’ensemble de l’organisme, ce qui entraîne des engourdissements, des paralysies voire un arrêt cardiaque. La dose létale chez l’homme est de 5 à 6 mg d’aconitine pure. »

Léo : « Et les loups la mangent ? »

Le chevalier : « Non. À l’époque romaine, cette plante était utilisée pour empoisonner les flèches qui servaient à tuer les loups ou les autres animaux considérés comme nuisibles. »

Boris : « Pourquoi il y a des tâches marrons sur les fleurs ? »

Le chevalier : « Bien observé Boris 🙂 La fleur de l’aconit tue-loup produit du nectar. »

Samuel : « Le nectar c’est un liquide sucré produit par les fleurs. Il attire les insectes qui s’en nourrissent. Et au passage ils se couvrent de pollen et le transportent sur une autre fleur et assurent la pollinisation. »

Léo : « C’est la pollinisation entomogame. »

Boris : « Merci mes cousins 🙂 »

Le chevalier : « Si les bourdons n’arrivent pas entrer dans la fleur, ils percent la partie arrière de la corolle pour accéder au nectar. »

Max : « Et ils meurent pas de l’aconitine ? »

Le chevalier : « Non, je suppose qu’il n’y en a pas dans le nectar. Ou que les bourdons ne sont pas sensibles à cet alcaloïde. »

Léo : « Ils auraient pas les mêmes canaux à sodium ? »

Le chevalier : « Il faudrait vérifier. »

Max : « Boris, il faut savoir que Léo aimerait bien être scientifique dans un laboratoire avec une longue barbe et une blouse blanche. Il voudrait faire la neurobiologie. »

Boris : « C’est vrai cousin Léo ? »

Léo : « J’aimerais bien. Mais pas à plein temps. Les zoisos me manqueraient trop. »

Le chevalier : « Tiens, puisque nous en sommes aux aconits… »

L’aconit napel

 

Max : « C’est une aconit ça ? »

Le chevalier : « L’aconit napel, Aconitum napellus. »

Léo : « Elle aussi est toxique ? »

Le chevalier : « Oui, toutes les aconits le sont. »

Max : « Bonome, tu penses pas qu’il faudrait qu’on plante des panneaux d’avertissement ? Sinon il va y avoir des accidents… »

Le chevalier : « 🙂 Non, mon petitours. Pas de panneau. »

Max : « Si il y a des morts ce sera pas ma faute ! »

Léo : « On voit pas beaucoup des zoisos… »

Samuel : « On regarde pas vraiment. On a la truffe dans les plantes au ras du sol. »

Boris : « Il y en a un là… »

Un rougequeue noir

Max : « Un rougequeue noir ! Phoenicurus ochruros, Muscicapidés. »

Léo : « Il y en a ici ? »

Max : « Ben oui ! Si on en voit c’est qu’il y en a ! »

Samuel : « Il aime bien les rochers le rougequeue noir. »

Léo : « Ah ben oui ! C’est pour ça qu’on le voit Là Où Les Cailloux Sont Tout Cassés en Charentmaritimie ! »

Max : « Bonome, tu crois que c’est notre zoiso-gardien d’ici ? »

Le chevalier : « Je ne sais pas. »

Léo : « On a pas vu des zoisos et là il vient nous voir. Maxou, je pense que tu as raison. Ça doit être notre zoiso-gardien de la montagne. »

Samuel : « Tu verras cousin Boris. Toi aussi tu auras des zoisos-gardiens. La nature donne des zoisos-gardiens aux petizours naturalistes. »

Max : « Les petizours veillent sur la nature et les zoisos-gardiens veillent sur les petizours. »

Samuel : « On vient de tout là-bas… »

Le chemin parcouru

Le chevalier : « Oui, mais ce n’est qu’une partie du chemin. Et cette journée ne sera pas la plus longue. »

Max : « Non, on va marcher plusieurs jours chaque jour 🙂 Allez ! Avance bonome ! »

Léo : « Bonome, tu en as assez de la botanique ? »

Le chevalier : « Par encore 🙂 Quelle plante veux-tu que je te présente ? »

Léo : « Celle-ci… S’il te plaît. »

La saxifrage paniculée Saxifraga paniculata

Le chevalier : « Une saxifrage… La saxifrage paniculée, Saxifraga paniculata, Saxifragacées. Je suis un peu surpris de la voir si bas… »

Max : « Pourquoi ? »

Le chevalier : « Parce qu’on la trouve plutôt sur les arêtes rocheuses de haute altitude ou les falaises de moyenne et basse altitude. »

Max : « Ben là c’est rocheux et on est à moyenne altitude. C’est pas surprenant. »

Léo : « Maxou a raison. »

Samuel : « C’est une plante de milieu rocheux ? »

Le chevalier : « Oui d’ailleurs saxifrage signifie ‘casse pierre’ en latin ancien. »

Boris : « Elles cassent les pierres les saxifrages ? »

Le chevalier : « Leurs racines s’insinuent dans les fissures et elles peuvent les élargir. »

Max : « Elles sont rigolotes, les rosettes de feuilles 🙂 »

Le chevalier : « Oui. Elles sont riches en eau et couvertes de secrétions calcaires. »

Léo : « Pourquoi ? »

Le chevalier : « Pour se protéger des phytophages, pour stocker le calcaire… »

Max : « Il y a pas du calcaire ici… Vous avez vu la Pointe de la Veudale ? »

La Pointe de la Veudale

Samuel : « C’est plutôt doux comme paysage. Il y a pas d’arêtes vives… »

Le chevalier : « Tout a été usé, poli par les glaciers. »

Max : « Il y avait des glaciers ici ? »

Le chevalier : « Oui Maxou. Il n’y a pas très longtemps, à l’échelle des temps géologiques. La vallée de l’Arve était remplie par des glaciers. Alors ici, vous imaginez bien qu’il y en avait aussi. »

Léo : « Et ils ont tout usé en descendant. »

Le chevalier : « Je pense que nous aurons l’occasion de voir des stries glaciaires. »

Max : « Bonome, botanique ! »

La gentiane à feuilles d’asclépiade

Le chevalier : « La gentiane à feuilles d’Asclépiade… »

Max : « Une gentiane ? On va encore rien comprendre ! Alors on dit que c’est une jolie plante et on passe à la suite… »

Léo : « Il y a beaucoup d’espèces de gentianes à la montagne ? »

Le chevalier : « Une bonne dizaine… J’espère que je pourrai vous en montrer d’autres. »

Boris : « Ce sont toutes des plantes de montagne les gentianes ? »

Le chevalier : « Toutes, je ne sais pas. Mais beaucoup. »

Samuel : « On peut faire encore une plante ? »

Le chevalier : « La botanique est au programme jusqu’au vieux barrage 🙂 »

Samuel : « D’accord 🙂 Alors celle-là ! »

La renoncule à feuille d’aconit

Le chevalier : « Encore une Renonculacée ! C’est une renoncule. D’après les feuilles c’est la renoncule à feuilles d’aconit, Ranunculus aconitifolius. »

Max : « On arrive au barrage… »

Léo : « Les roches se voient bien là ! L’affleurement est frais. On regarde ? »

Max : « Ben oui ! Dans l’Alpinologie il y a la géologie ! »

Un orthogneiss

Boris : « C’est quoi cette roche ? »

Léo : « Il ya de gros cristaux blancs. Bonome, ce sont des feldspaths ? »

Le chevalier : « Oui Léo. »

Léo : « Et on voit des cristaux plus petits à l’aspect de gros sel. Si je me souviens bien, ce sont des cristaux de quartz. Et puis… Des minéraux plus sombres et certains sont un peu brillants mais il y en a pas beaucoup. »

Le chevalier : « Oui, les minéraux sombres brillants sont des micas. Cette composition est à peu près celle d’un granite. »

Max : « Mais c’est pas organisé pareil ! Là on dirait que les minéraux sont alignés ! »

Le chevalier : « Oui Maxou. La structure n’est pas celle d’un granite mais d’un gneiss. La structure est grenue et orientée. Je dirais que ce gneiss vient d’un granitoïde métamorphisé. »

Léo : « C’est un orthogneiss alors. »

Le chevalier : « Oui Léo. »

Max : « Bonome ! Bonome ! Regarde ! Il y a un chien ! Bonome, on peut aller le voir ? S’il te plaît !!! »

Le patou

Le chevalier : « Un patou ! Il se repose. Laissons-le en paix. »

Max : « Bonome, s’il te plaît ! »

Le chevalier : « Non Maxou. Tu peux lui proposer de venir avec nous. Et il viendra s’il le veut. »

Max : « Je parle pas le chien moi… »

Le chevalier : « Parle lui Maxou. »

Max : « Comment tu as dit qu’il s’appelle déjà ? »

Le chevalier : « C’est un patou. »

Max : « Bonjour Patou. On est des petizours naturalistes avec un grand dadais et on va voir les empreintes de dinosaures. On aime beaucoup les chiens nous. On viendrait bien te caresser mais bonome veut qu’on te laisse te reposer. Alors si tu veux nous rejoindre quand tu seras réveillé on serait ravis que tu fasses un petit bout de chemin avec nous. »

Léo : « Tu crois qu’il va venir ? »

Le chevalier : « Je ne sais pas… »

Samuel : « Tu le connais ce chien ? Tu connais son prénom… »

Le chevalier : « Son prénom ? Non ! Patou n’est pas son prénom 🙂 C’est un type de chien. Le mot patou est une déformation de l’occitan ‘pastor’. »

Max : « Pastor ? Comme pasteur ? Le pasteur du troupeau ? »

Le chevalier : « Oui Max. »

Samuel : « Tu nous expliques le patou s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Le patou… Oui, je vous explique. Ça le fera peut-être venir avec nous. »

Max : « Ah ! Tu vois que tu en as envie toi 🙂 »

Le chevalier : « Je n’aurais rien contre 🙂 »

Boris : « Alors explique nous le patou ! »

Le chevalier : « C’est un chien de troupeau. Mais son rôle n’est pas de rassembler le troupeau comme les chiens de berger. Le patou protège le troupeau. Quand un intrus s’approche il s’interpose entre cet intrus et le troupeau. Il peut repousser des loups. Pour qu’il remplisse bien son rôle, il est élevé dans le troupeau dès qu’il a trois mois. Avec très peu d’interactions avec les humains. »

Samuel : « Il croit qu’il est un mouton alors ! »

Le chevalier : « Presque. Et il passe son temps avec son troupeau. »

Max : « Il mange quoi ? Les moutons broutent l’herbe. Mais le patou ? »

Le chevalier : « Bonne question 🙂 Je ne sais pas. Les bergers doivent apporter de la nourriture. »

Max : « C’est un drôle de chien le patou. J’espère qu’il va venir. Bon, bonome, on est presque au barrage. Alors tu cavales sur ce vieux barrage et on continue. En route vers les empreintes de dinosaures ! »

Notre zoiso-gardien

Continuer la promenade.

2 réflexions au sujet de « 170-2 D’un barrage à l’autre… »

  1. Bonsoir Marek 🙂
    Oui, Patou est très mignon. Et il est très gentil aussi. Il m’a laissé grimper sur son dos 🙂
    J’espère que toute la petite famille va bien.
    A bientôt 🙂

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