147-3 Le soir…

Lundi 13 Février, An IV (suite)

Le soir, dans la cabane, les petizours ont terminé leur repas et se sont douchés…

Max : « Bonome, tu as pas dit qu’on avait du travail ce soir ? »

Le chevalier : « Si Maxou. »

Max : « On peut s’y mettre tout de suite s’il te plaît. Je suis un peu fatigué moi. Je voudrais pas me coucher trop tard. »

Le chevalier : « Léo ? Samuel ? Qu’en pensez-vous ? »

Léo regarde Samuel puis répond.

Léo : « On est d’accord. »

Samuel : « Au travail ! »

Le chevalier : « Allons nous installer sur mon lit. J’ai besoin de quelques documents et de l’ordinateur. »

Max : « On va s’installer ! »

Le chevalier : « Bien… Tout est là… »

Max : « Qu’est ce qu’on va faire ? »

Le chevalier : « Vous ? Pas grand-chose 🙂 Vous avez déjà bien travaillé cet après-midi. »

Max : « Tu as pas donné nos notes ! »

Le chevalier : « Max, tu m’embêtes avec les notes ! Vous avez fait de très beaux travaux tous les trois. Cela devrait vous suffire ! »

Samuel : « Moi j’ai bien aimé faire la coupe géologique. C’était rigolo. Et toi, cousin Max, tu as fait une très belle carte. »

Max : « Bonome m’a même pas aidé 🙂 »

Léo : « Et maintenant ? On fait quoi ? »

Le chevalier : « Je vais vous présenter un schéma structural. »

Max : « Un schéma structural ? C’est quoi ça bonome ? »

Le chevalier : « Un peu ce que tu as réalisé cet après-midi. Disons que c’est une carte géologique simplifiée. »

Léo : « Et tu vas nous montrer la région où on est allés tout à l’heure ? »

Le chevalier : « Pas tout à fait… En fait, c’est un peu plus au sud. Le synclinal de May que nous avons pu observer n’est pas visible sur ce schéma. Mais il y en a un autre, à peu près équivalent, qui correspond à la zone Bocaine. »

Max : « Tu nous montres ton schéma bonome ?! »

Le chevalier : « Le voici… »

Samuel : « Rhoooo ! Il est bôôô ! »

Léo : « C’est toi qui l’as fait ? »

Le chevalier : « Oui, il y a longtemps maintenant 🙂 C’est un exercice que j’aimais beaucoup. »

Max : « Mmmmm… Je vois… D’accord… On connaît tout. Bonome, que veux-tu nous expliquer ? »

Léo : « On peut reconstituer l’histoire de la région. »

Max : « On fait la synthèse ? Déjà ? Mais c’est à la fin du séjour qu’on fait la synthèse ! On va pas déjà partir ! »

Le chevalier : « Bientôt Maxou. Nous avons vu l’essentiel. Demain, et peut-être après demain, nous irons étudier quelques autres sites qui montrent d’autres formations jurassiques mais ce ne seront que des détails supplémentaires. »

Léo : « On connaît toute la région alors ? »

Le chevalier : « Nous en connaissons une bonne partie 🙂 »

Samuel : « Bon, ça suffit les bavardages. Je veux connaître le schéma structural moi. »

Léo : « Oui Samuel 🙂 »

Max : « Bonome nous t’écoutons… »

Le chevalier : « Commençons pas le socle cadomien. »

Léo : « Il est constitué des flyschs briovériens. »

Le chevalier : « Exact mon petitours. Plusieurs centaines de mètres de turbidites. Ces dépôts résultent de glissements sur le talus continental, de sédiments détritiques terrigènes organisés en séquences de Bouma. »

Max : « Les séquences de Bouma ? Comme on a vu à Roubignolles ? »

Le chevalier : « A Brétignolles Max ! Oui, comme nous avons vu à Brétignolles. »

Léo : « Pourquoi on les a pas observées ici ? »

Le chevalier : « Les flyschs sont difficiles à observer dans de bonnes conditions. La plupart du temps ils ne sont observables que dans des carrières et je vous ai déjà dit qu’il est rare de pouvoir y accéder. »

Samuel : « Les séquences de Bouma montrent la fermeture du bassin océanique. Cette fermeture se fait par à-coups et, chaque fois, il y a un petit tremblement de terre qui fait tomber les sédiments le long du talus. Les plus gros se déposent les premiers et les plus fins en derniers. Puis ça recommence. »

Le chevalier : « Oui petit Sam. Tu as bien expliqué les séquences de Bouma. Par endroits, on peut les voir inversées. »

Léo : « Inversées ? Avec les couches fines en bas et les gros grains en haut ? »

Max : « C’est pas normal ça ! »

Léo : « Si ! Mais seulement si il y a des plissements après. Avec un pli comme ça, les couches peuvent être inversées. »

Le chevalier : « Tout à fait Léo. Un pli comme ça s’appelle un pli déversé. »

Samuel : « Alors on sait qu’il y a eu des plissements. »

Le chevalier : « Plissements cadomiens. »

Max : « Et les slips de titane et fer ? C’est la bande noire ? »

Le chevalier : « Les spilites titanifères Maxou ! »

Max : « Oui bonome 🙂 »

Le chevalier : « Elles forment un alignement orienté 70°N. Elles dériveraient de roches basaltiques (tholéiites à débit en coulées ou en coussins). Ces tholéiites témoignent d’un volcanisme océanique indicateur d’une tectonique en distension dans le bassin où se déposent les flyschs. »

Léo : « ??? Bonome, là tu dis que les flyschs se déposent pendant l’ouverture. Mais tout à l’heure petit Sam a dit que c’était pendant la fermeture. C’est pas compatible ça ! »

Le chevalier : « Les spilites sont interstratifiées dans les flyschs. Ces deux roches sont donc contemporaines. Il y a donc eu dépôts des sédiments pendant l’émission des basaltes. »

Léo : « D’accord. Je comprends ton argument. Mais il y a pas eu des dépôts pendant la fermeture ? »

Le chevalier : « Il est probable que si. Difficile de savoir avec des roches aussi anciennes. »

Léo : « On a vu les flyschs, les spilites. Le granite maintenant ! »

Le chevalier : « L’assemblage de quartz, orthose, oligoclase, biotite, cordiérite et muscovite en fait plutôt une granodiorite. Cette granodiorite est intrusive dans le socle cadomien. Son grand axe est orienté N 110° ce qui est une direction typiquement armoricaine. D’autres massifs lui font suite vers l’ouest. L’âge du massif est estimé à 550 à 590 millions d’années. »

Samuel : « Si je me souviens bien, ce massif intrusif vient d’un magma. »

Léo : « Le magma s’est formé en profondeur, par fusion partielle des roches. Il est remonté puis s’est arrêté quand il avait la même densité que les roches autour de lui. »

Samuel : « Ensuite il a cristallisé. »

Le chevalier : « Oui mes petizours. Les cristaux sont de taille millimétrique. Ils ne sont donc pas très grands. »

Léo : « Alors la cristallisation s’est faite assez rapidement. Puis-je en déduire que le magma est remonté proche de la surface ? »

Samuel : « Pourquoi tu supposes ça cousin Léo ? »

Léo : « Ben… Plus c’est proche de la surface, plus le refroidissement est rapide. La chaleur peut mieux s’échapper vers la surface. »

Samuel : « Oulala ! Tu supposes intelligemment cousin Léo. »

Le chevalier : « Tu as raison Léo. »

Léo : « Et, en remontant, le magma a cuit les roches autour de lui. »

Samuel : « C’est l’auréole de métamorphisme. »

Le chevalier : « Quelle mémoire ! Oui, effectivement, il y a eu un métamorphisme de contact. Les cornéennes s’étendent sur 800 m environ. Les schistes tachetés, apparus uniquement dans les roches argileuses, s’étendent sur 1500m.  Notons que ce thermométamorphisme n’a pas été très intense. Il n’a pas altéré les séquences de Bouma ni les figures sédimentaires. »

Max : « ZZZzzz… »

Samuel : « Cousin Max s’est endormi 🙂 »

Léo : « Mes petits yeux se ferment… »

Le chevalier : « Vous voulez que j’arrête ? »

Léo : « Non non bonome. Mais il faut pas m’en vouloir si je m’endors moi aussi. »

Samuel : « Continue chevalier. C’est très intéressant. »

Léo : « Comment tu fais pour la suite ? Tu décris la zone Bocaine ou le synclinal de May ? »

Le chevalier : « Si je veux être rigoureux, je dois vous parler de la zone Bocaine. Elle figure sur le schéma contrairement au synclinal de May. »

Samuel : « On va apprendre des nouvelles choses 🙂 »

Le chevalier : « Comme pour le synclinal de May, il s’agit d’un synclinal Cambrio-ordovicien reposant en discordance sur le socle cadomien. Son flanc nord est très redressé. Il est vertical voire déversé. Le flanc sud a un pendage faible. »

Samuel : « Tu nous dis les roches s’il te plaît ? »

Le chevalier : « La base du Cambrien, dont l’épaisseur peut atteindre 1500 mètres, est constituée d’arkoses conglomératiques et de poudingues. »

Samuel : « Ça montre une longue période d’érosion à l’air libre puis le retour de la mer. »

Le chevalier : « Oui Samuel. Viennent ensuite 125 mètres de grès feldspathiques. Ce sont les grès de Caumont. Viennent ensuite les schistes verts du Pont-de-la-Mousse, les schistes violacés de Gouvix puis les schistes et grès rouges de Saint-Rémy qui terminent le cycle sédimentaire du Cambrien. »

Samuel : « Chevalier, Léo s’est endormi lui aussi 🙂 »

Le chevalier : « Mes petizours sont fatigués aujourd’hui. Veux-tu te coucher mon petit Sam ? »

Samuel : « Oh non ! Je voudrais que tu continues. S’il te plaît. »

Le chevalier : « D’accord petit Sam. Dis, tu te rends compte que c’est la première fois depuis ton arrivée que nous ne sommes que tous les deux ? »

Samuel : « Ça t’embête ? »

Le chevalier : « Non, au contraire. Viens contre moi mon petitours. »

Samuel : « On fait un câlin que tous les deux ? »

Le chevalier : « Ouiiii 🙂 »

Samuel : « Avec gratouillis du front ? »

Le chevalier : « Évidemment ! »

Samuel : « Rholala ! La chance !  Mais… Si tu continues à m’expliquer, cousin Léo et cousin Sam vont pas savoir eux ! »

Le chevalier : « Tu leur expliqueras quand Max gravera son blog. »

Samuel : « Je vais pas me souvenir de tout moi ! »

Le chevalier : « Je t’écrirai le texte si tu veux. »

Samuel : « C’est un peu de la triche ça. »

Le chevalier : « Ouiiii 🙂 »

Samuel : « Mais c’est rigolo ! Je suis d’accord ! »

Le chevalier : « Bien 🙂 Reprenons. Le plissement des couches cambriennes et ordoviciennes permet d’affirmer que la phase de plissement est postérieure à l’Ordovicien. Les plis synclinaux de la partie nord de la carte datent donc de l’orogenèse varisque. »

Samuel : « On passe au Jurassique ? »

Le chevalier : « Oui Samuel. Mais je n’ai pas envie de m’étendre longuement sur le Jurassique. Nous savons qu’il est discordant sur le socle hercynien. »

Samuel : « Sur le socle cadomien aussi. Le Jurassique, on l’a beaucoup étudié. On peut s’arrêter alors. »

Le chevalier : « Puisque nous ne sommes que tous les deux, que veux-tu faire ? »

Samuel : « Mmmmm… J’aime bien écouter la musique. On pourrait continuer le câlin en écoutant de la musique. Tu veux bien ? »

Le chevalier : « Quelle musique veux-tu mon petitours ? »

Samuel : « Je connais pas beaucoup la musique. C’est difficile de choisir. Je te fais confiance. Tu choisis, tu lances et tu me gratouilles le front en me serrant contre toi. Comme ça je vais m’endormir au paradis 🙂 »

La folia, Arcangelo Corelli

La folia, Marin Marais

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