147-2 Le synclinal de May

Lundi 13 Février, An IV (suite)

Le chevalier : « Mes petizours ! Il est temps de vous réveiller. »

Max : « Mmmmm… »

Léo : « Ondorplu ? »

Samuel : « On est arrivés ? »

Le chevalier : « Oui nous sommes arrivés. Bien dormi ? »

Max : « Mmmm… »

Léo : « Ouiii, ça va mieux. »

Samuel : « Je m’étire et je serai en pleine forme 🙂 »

Max : « Moui… »

Le chevalier : « Apparemment le réveil est difficile Maxou. »

Max : « J’ai pas bien dormi. »

Samuel : « Pauvre cousin Max. »

Léo : « Il va être ronchon. »

Max : « Non je vais pas être ronchon. Pourquoi je serais ronchon ? Je suis jamais ronchon moi. Vous confondez avec bonome. »

Léo : « Oui chonchon 🙂 »

Max : « Je néglige. Bon, bonome, on fait la géologie ou on reste là à écouter deux petizours dire des bêtises ? »

Le chevalier : « On fait la géologie. Nous sommes justement face au premier affleurement… »

Léo : « On dirait encore une discordance ! »

Samuel : « Ben oui ! Les roches tout en haut sont bien horizontales et elles reposent sur des roches penchées. »

Léo : « On a pas vu toutes les discordances tout à l’heure ? »

Le chevalier : « Pas celle-ci 🙂 »

Max : « Bon, on attend ta phrase compliquée qu’on comprend pas… »

Le chevalier : « Pas cette fois Max 🙂 J’ai pitié de ton cerveau endormi. »

Max : « C’est gentil ça. Tu expliques quand même ? »

Le chevalier : « Je n’ai pas grand-chose à dire. C’est la transgression jurassique… »

Léo : « Le socle ? C’est quoi le socle ? Et les étages du Jurassique ? Bonome, voyons ! »

Le chevalier : « Ah oui… Le socle : ce sont les Calcaires de la Laize du Cambrien inférieur. Ils font suite au poudingue du Cambrien basal mais la transition ne s’observe nulle part à ma connaissance. Pour le Jurassique, je ne sais pas ce qu’il y a ici. J’ai trouvé, il y a longtemps, un nautile du genre Cenoceras au pied de cette falaise mais il ne permet pas de dater les roches. Ce n’est pas un bon fossile stratigraphique. »

Léo : « Bonome, les couches sont penchées. Tu as déjà mesuré comment ça penche ? »

Le chevalier : « Oui bien sûr. Il faut un fil à plomb et un rapporteur ainsi qu’une boussole. Nous pourrions mesurer un angle de 45° par rapport à l’horizontale et nous verrions que la pente est orientée à 140° par rapport au nord. »

Samuel : « Tu nous montreras comment on mesure un jour ? »

Le chevalier : « J’avais pensé le faire ici mais j’ai oublié le matériel. »

Léo : « C’est pas grave. Nous aurons d’autres occasions. On avance ? »

Max : « ZZZzzz… »

Samuel : « Cousin Max s’est endormi 🙂 »

Léo : « On le réveille ? »

Le chevalier : « Laissons le dormir. »

Léo : « Tu as peur qu’il soit de mauvaise humeur au réveil ? »

Samuel : « Si on le réveille pas il va nous le reprocher et il sera de mauvaise humeur. »

Le chevalier : « Nous allons faire un aller-retour par le même chemin. Nous lui montrerons au retour ce qu’il aura raté à l’aller. »

Max : « Et je serai pas de mauvaise humeur… ZZZzzz… »

Léo : « Il parle dans son sommeil 🙂 »

Le chevalier : « 🙂 Avançons… Voici la suite… »

Léo : « Bonome, pourquoi tu casses la roche avec ton marteau ? »

Le chevalier : « Afin que vous le sentiez ! »

Léo : « On doit sentir la roche ? »

Le chevalier : « Oui, la cassure que je viens de faire. »

Léo : « Tu nous approches s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Si vous voulez. »

Léo : « Snif ! »

Samuel : « Snif aussi ! »

Léo : « Ça sent pas bon ! »

Samuel : « C’est pas très fort mais ça sent pas bon. »

Léo : « Qu’est ce que tu fais encore ? »

Le chevalier : « Je verse une petite goutte d’acide chlorhydrique sur un tout petit fragment de cette roche… Voyez ! »

Samuel : « Ça fait des bulles ! »

Le chevalier : « On dit qu’il y a effervescence. L’acide chlorhydrique réagit avec le calcaire. Il se dégage du dioxyde de carbone et il reste une solution riche en carbonate et en chlorures. »

Samuel : « Et de la matière noire ! »

Le chevalier : « C’est de la matière organique. »

Léo : « Ah ben oui ! C’est elle qui fait que le calcaire sent pas bon ! C’est parce que lors du dépôts du calcaire, il y avait pas beaucoup de dioxygène, alors la matière organique s’est pas décomposée. »

Samuel : « C’est la suite des Calcaires de la Laize ? »

Le chevalier : « Oui petit Sam. Ces Calcaires fétides sont bien en continuité avec les Calcaires blancs. J’ai oublié de vous dire quelque chose. Le poudingue de base du Cambrien est dirigé N80° et plonge de 15° vers le sud. »

Léo : « C’est étrange ça ! C’est pas comme les Calcaires de la Laize ! »

Samuel : « Ils se sont penchés avant les dépôts suivants alors ! »

Léo : « Il y aurait pas une discordance entre le poudingue et les Calcaires de la Laize ? »

Le chevalier : « Peut-être même une émersion… Allez, avançons… »

Samuel : « Chevalier, il faudra tout refaire pour cousin Max. »

Le chevalier : « Oui petit Sam, je sais. »

Léo : « Ça nous fera réviser 🙂 »

Samuel : « Oh ! Les jolies fleurs ! Tu les connais chevalier ? »

Le chevalier : « Ce sont des perce-neige, Galanthus nivalis de la famille des Amaryllidacées. »

Samuel : « On peut aller les étudier ? »

Léo : « Petit Sam, tu vois bien qu’elles sont de l’autre côté du ruisseau. Bonome peut pas y aller ! »

Samuel : « Il est beau ce ruisseau. »

Le chevalier : « C’est la Laize il me semble. Elle se jette dans l’Orne un peu plus loin… »

Samuel : « C’est très beau. »

Le chevalier : « Voici l’Orne ! »

Samuel : « On peut aller s’asseoir au bord de l’eau ? J’aime bien regarder l’eau couler. »

Léo : « On y va bonome ? »

Le chevalier : « On y va 🙂 »

Max : « Vous allez vous ploufer ? »

Léo : « Tu es réveillé ? »

Max : « Oui. »

Samuel : « Tu es de mauvaise humeur ? »

Max : « Cousin Samuel, avec ce genre de question, je risque de le devenir 🙂 »

Samuel : « Pardon cousin Max. Tu as vu comme c’est beau ? »

Max : « C’est calme. On va encore croiser personne ici. Qu’est ce que vous avez vu ? »

Léo : « Les calcaires fétides. Bonome te montrera au retour. »

Samuel : « Et les perce-neige. Mais on peut pas aller les voir. »

Le chevalier : « Tu es mieux réveillé ? »

Max : « Je suis en pleine forme 🙂 »

Le chevalier : « Alors reprenons notre marche. »

Max : « On voit quoi maintenant ? »

Le chevalier : « Les Grès de Montabot. Épais de 625m, ils occupent une longue portion du Val de Laize. »

Max : « Il y a des fossiles ? »

Le chevalier : « Non Maxou, pas à ma connaissance. Les voici… »

Max : « Tu nous parles de ces grès ? »

Le chevalier : « Pas grand-chose à en dire. Leur pendage suit celui des Calcaires de la Laize. Ce sont des sables consolidés avec des intercalations d’arkoses et de schistes. On peut y observer des stratifications entrecroisées. »

Léo : « Ce sont surtout des dépôts de sables… Marins ou fluviatiles ? »

Le chevalier : « L’absence de fossiles me ferait penser à des grès fluviatiles. Ou plutôt deltaïques. Mais c’est à vérifier. »

Max : « On continue ? »

Samuel : « Le chevalier a pas dit de quand ils datent, les Grès de Montabot. »

Le chevalier : « Du Cambrien moyen. On continue, j’ai quelque chose à vous montrer un peu plus loin. »

Max : « C’est quoi ? »

Léo : « Tu verras bien Maxou. »

Samuel : « Cousin Max est impatient 🙂 »

Max : « Cousin Samuel me trouve tous les défauts de la terre… »

Samuel : « Pardon Cousin Max. Dans le contexte, être impatient est pas un défaut pour moi. C’est plus proche de l’enthousiasme et de la curiosité scientifique. Ta soif de connaissances est très impressionnante. »

Max : « Bien rattrapé petit flatteur. »

Samuel : « Je flatte même pas. »

Léo : « Bonome, le machin blanc… C’est ça que tu voulais nous montrer ? »

Le chevalier : « Oui, approchons nous. »

Max : « Qu’est ce que c’est encore que ça ? »

Samuel : « Ça ressemble un peu à la cascade en bord de mer, avant le paquebot en roche… »

Léo : « Exact ! L’eau, en s’écoulant, dépose du calcaire. »

Le chevalier : « C’est ça ! L’eau qui circule dans les grès s’enrichit en calcite. Quand elle surgit, la calcite précipite et se dépose sur la roche ou sur les mousses. Regardez ça 🙂 »

Max : « Les mousses sont couvertes de pierre ! »

Léo : « C’est une forme de fossilisation… »

Le chevalier : « A certains endroits on trouve beaucoup de fossiles qui se sont formés de cette façon. On parle parfois de fontaines pétrifiantes. »

Max : « Mais bonome, comment l’eau s’enrichit en calcite dans les grès ? Le grès, c’est comme le sable et c’est du quartz ! C’est la silice, pas la calcite ! »

Le chevalier : « Il doit y avoir un peu de calcite dedans Maxou. Suffisamment pour que l’eau en soit sursaturée. »

Samuel : « C’est très beau ! »

Léo : « Petit Sam, évite d’aller sous l’eau sinon tu vas être pétrifié 🙂 »

Max : « On aurait une statue de Samuel 🙂 »

Léo : « Moi je préfère le vrai Samuel. »

Max : « Vous êtes inséparables tous les deux. »

Le chevalier : « Tu n’es jamais loin d’eux Maxou… »

Max : « Ben, c’est qu’on est cousins. Et on s’entend bien tous les trois. »

Léo : « On chahute. »

Max : « On chamaille. »

Samuel : « On rigole bien. »

Max : « Mais on étudie aussi. »

Léo : « On travaille beaucoup. »

Samuel : « Et cousin Max grave son blog. »

Le chevalier : « Tout cela est vrai mes petits. Vous arrivez même à vous chamailler en étudiant sérieusement 🙂 »

Max : « C’est bien beau de papoter mais on est en inspection, là. Au travail ! »

Le chevalier : « Nous arrivons à la galerie de mine… »

Max : « On va aller à la mine ? »

Le chevalier : « Oui, vous allez extraire le minerai à la pioche et j’irai le vendre pour payer votre chocolat. »

Max : « Oh, c’est pas la peine bonome. On est au régime, là. »

Léo : « On a un peu grossi ces derniers temps. Alors on va se calmer sur le chocolat. »

Le chevalier : « Un peu d’activité vous fera le plus grand bien alors. »

Samuel : « Vous avez raté votre argumentation… »

Max : « Toi tu as même rien dit. »

Samuel : « Parce que je sais bien que le chevalier va pas nous envoyer à la mine ! »

Max : « Sinon je fais un rapport à Princesse pour exploitation de petizours ! Et hop ! Prison ! »

Samuel : « Cousin Max, veux-tu bien cesser de vouloir envoyer notre chevalier en prison s’il te plaît ? Qu’est ce qu’on devient sans lui, nous ? »

Léo : « Petit Sam a raison ! »

Le chevalier : « Vous avez terminé ? Je peux expliquer ? »

Max : « Nous t’écoutons… »

Léo : « Euh, d’abord tu veux pas expliquer cette odeur fétide ? »

Le chevalier : « C’est encore la matière organique, mais sous une autre forme. Il se trouve que cette mine a servi de lieu de stockage pour du pétrole. Je ne sais plus à quelle époque. Peut-être la seconde guerre mondiale… »

Léo : « Et ça sent encore ? »

Max : « Ben oui ! C’est toi qui viens de le faire remarquer. »

Le chevalier : « Max, pourrais-tu nous expliquer le pétrole s’il te plaît ? »

Max : « Expliquer le pétrole ? Moi ? »

Le chevalier : « Oui, toi. »

Max : « Et pourquoi moi ? Pourquoi c’est toujours moi qui ai interro ? »

Le chevalier : « Parce que tu es celui qui a le plus de connaissances. Allez, nous t’écoutons. »

Max (à lui même) : « Qu’est ce qu’ils ont à me flatter aujourd’hui ? C’est pas normal ça… »

Le chevalier : « Cesse de marmonner et explique ! »

Max : « Le pétrole est une roche. Ben oui, c’est une roche liquide. Elle est formée de matière organique qui provient le plus souvent de petites algues. Ces algues vivaient dans l’eau de mer et se sont accumulées au fond de la mer à leur mort. Comme il y avait pas assez de dioxygène pour qu’elles se décomposent bien, de grandes quantités de matière organique se sont entassées. Mais il faut des bonnes roches en dessous et au-dessus. On les appelle les roches mères du pétrole. Après, avec la température et la pression, la matière organique des petites algues devient du pétrole. Et les zoms abîment toute la nature pour l’extraire et faire des carburants qui polluent tellement que ça va les tuer un jour et que ce sera bien fait pour eux. »

Léo : « Il a bon bonome ? »

Le chevalier : « Oui. »

Samuel : « Bravo cousin Max, bravo ! 20/20 ! »

Max : « Et la roche sombre là… »

Léo : « On dirait du fer. »

Le chevalier : « C’est du fer. On plutôt du minerai sous forme d’oxyde de fer. Il marque une émersion. »

Léo : « Il y a eu érosion et oxydation du fer. La surface est tout rouillée 🙂 »

Max : « Bonome, tu veux bien nous fotoer sur le fer s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Si tu veux Maxou. »

Max : « Je fais l’escalade ! »

Samuel : « Fais attention à toi cousin Max. »

Léo : « Nous on veut bien que tu nous poses 🙂 »

Le chevalier : « D’accord ! »

Léo : « On est arrivés, nous ! »

Max : « Pfff ! C’est trop facile en bonome ! J’arrive ! »

Samuel : « Chevalier, tu peux nous donner nos casques s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Je les prends… Voilà ! Max, tu es arrivé sain et sauf ? Bravo ! Mets ton casque toi aussi ! »

Samuel : « Bravo cousin Max ! Tu fais bien l’escalade. »

Max : « Tu devrais essayer petit Sam. »

Samuel : « Oulala non ! J’ai trop peur moi… »

Le chevalier : « Bon, vous êtes prêts pour la foto ? »

Max : « On est prêts ! »

Le chevalier : « Voilà ! Je vous ai immortalisés ! »

Max : « Maintenant tu expliques ce minerai s’il te plaît. »

Le chevalier : « Il s’agit d’un conglomérat de grès feldspatiques emballés dans une matrice de fer oolithique. »

Léo : « Bonome, tu as dit qu’il y avait eu émersion. Elle a duré combien de temps cette émersion ? »

Le chevalier : « Pendant tout le Cambrien supérieur. »

Léo : « Est-ce qu’on peut dire que le conglomérat de grès feldspathiques date du Cambrien supérieur ? »

Le chevalier : « Oui, on peut le dire. »

Samuel : « Et qu’est ce qu’il y a au-dessus de ce conglomérat ? »

Le chevalier : « Les Grès Armoricains. »

Léo : « Les Grès Armoricains ? Comme à Kraozon ? »

Le chevalier : « Oui, mais ici ils sont beaucoup moins épais, quelques mètres… »

Léo : « A Kraozon ils sont épais de plusieurs centaines de mètres ! »

Max : « Oui mais c’est parce que le bassin sédimentaire était penché. Il y avait plus de profondeur en Armorica parce que la croûte terrestre s’amincissait. »

Léo : « On va voir les Grès Armoricains ? »

Le chevalier : « Ils sont juste là… »

Samuel : « A droite on voit le minerai de fer et à gauche les Grès Armoricains. »

Max : « Vous vous souvenez de la Beg Penn Hir ? »

Léo : « Ben oui. »

Samuel : « Moi j’étais pas encore avec vous, mais j’ai vu les fotos. »

Max : « 60 mètres de falaises en Grès Armoricains et ici à peine deux mètres… »

Léo : « C’est à cause de la tectonique Maxou. »

Max : « Bonome, on retournera en Bretagne un jour ? Pour montrer à Samuel… »

Le chevalier : « Nous verrons Max. »

Léo : « En bonomien ça veut dire ‘oui mes petizours mais je vous dis ni où ni quand parce que je préfère vous faire la surprise.’ »

Samuel : « On verra bien les cousins. Pour le moment, continuons notre inspection… Qu’est ce qu’il y a après ? »

Le chevalier : « Les Schistes d’Urville de l’Ordovicien inférieur. Nous irons les explorer. Ils renferment quelques bivalves et des trilobites. »

Max : « On y va bonome ! »

Le chevalier : « Regardez d’abord ce petit affleurement… »

Max : « On va où pour fossiler ? »

Le chevalier : « Il faut grimper et chercher des affleurements… »

Bon, on a grimpé et on a cherché des affleurements. Mais il y avait une grosse couche de litière alors c’était pas facile. La litière, c’est un mélange de feuilles mortes en cours de décomposition, de fruits, de graines… Avec des tas de zanimos dedans. Surtout des Arthropodes. C’est passionnant la litière. Un soir, bonome nous a tout expliqué. Peut-être qu’un jour, si je suis plus en retard dans mon blog, je ferai un article sur la litière. Mais là, elle nous embêtait la litière parce qu’elle cachait les fossiles. On en a pas trouvé. Mais bonome en a, lui. Surtout des pygidiums et des céphalons de trilobites. Peut-être qu’on te les montrera Princesse. Après cet échec on a repris les observations.

Max : « On a même pas des fossiles… »

Léo : « C’est à cause de la litière Maxou. »

Max : « Bonome, elle est mal tenue cette forêt. Il faudra le dire à Princesse. Il y a des feuilles mortes partout. »

Le chevalier : « C’est un peu normal en cette saison Maxou. Les feuilles seront dégradées plus tard. En fait, assez peu de temps avant que les suivantes ne tombent… »

Samuel : « C’est pas grave si on a pas des fossiles cousin Léo. Le chevalier nous montrera les siens. »

Max : « Et ma collection alors ? »

Léo : « Maxou, tu vas t’attirer les foudres de bonome. ‘Max, le fouillis qui est sur l’étagère est pas une collection. Une collection doit être classée. Toi tu entasses et tout prend la poussière ! ’ »

Samuel : « Et puis c’est pas la peine de faire ta collection personnelle. Ça serait mieux que tu fasses collection commune avec le chevalier. »

Le chevalier : « Mon petit Maxou tu devrais écouter tes cousins. »

Max : « Tu veux me voler mes échantillons ! Je vais prévenir les gens d’armes de Princesse ! »

Samuel : « Ben voilà ! Tu veux encore mettre le chevalier en prison ! »

Max : « Il veut voler ma collection ! »

Léo : « Max, tu as une collection uniquement parce qu’il nous emmène en inspection. Et, si tu réfléchis un peu, tu y gagnes beaucoup plus que lui en faisant collection commune. Tu as vu tout ce qu’il a, lui ? »

Max : « Je vais réfléchir… »

Le chevalier : « Comme tu veux Maxou. Voici les Grès de May. »

Max : « Zutalor ! Avec tous ces végétos on peut pas aller observer de près ! »

Léo : « Ces grès font-ils suite au Schistes d’Urville ? »

Le chevalier : « Pas tout à fait. Il y a dû avoir une courte émersion. Ces grès montre des ripple-marks, des pistes bilobées et même des impacts de gouttes de pluie fossilisées. »

Max : « Des gouttes de pluie fossilisées ? C’est possible ça ? »

Le chevalier : « Ce ne sont pas les gouttes de pluie qui sont fossilisées, mais les tout petits cratères qu’elles ont faits dans une fine couche de sédiments fins en tombant. Il n’a pas beaucoup plu, quelques gouttes seulement. Puis les impacts ont rapidement été recouverts de nouveaux sédiments et ont ainsi été préservés. »

Léo : « Rholala ! Il a plu il y a environ 400 millions d’années et on en a les traces ! »

Samuel : « Et les pistes bilobées ? C’est quoi les pistes bilobées ? »

Le chevalier : « Les traces du passage d’animaux, peut-être des trilobites. »

Max : « Les ripple-marks montre que la mer était pas très profonde. »

Léo : « C’est dommage qu’on puisse pas mieux étudier ces grès… »

Le chevalier : « La dernière fois que je suis venu, toutes les formations étaient plus accessibles… »

Max : « On fait quoi maintenant ? »

Le chevalier : « Nous allons faire une pause sur un banc de l’autre côté de l’Orne, puis je vous donnerai des exercices à faire. »

Léo : « C’est noté ? »

Le chevalier : « Mais arrêtez donc de parler de notes ! Si vous travaillez sérieusement vous aurez de bonnes notes ! »

Samuel : « On va traverser l’Orne ? »

Le chevalier : « Oui, mais par le pont. »

Max : « Ouf ! Un instant j’ai cru que tu allais le faire à la nage. »

Samuel : « Oh ! C’est bôôôô ! »

Max : « Il est bizarre ce barrage. Il coupe le fleuve dans le sens de la largeur… Il sert à quoi ? »

Le chevalier : « Aucune idée. Sachez qu’environ 50 % des barrages français n’ont aucune utilité connue. »

Max : « Il y a un barrage sur deux en France qui sert à rien ? »

Le chevalier : « Oui Max. »

Max : « Ben pourquoi ils ont été construits alors ? »

Le chevalier : « Aucune idée. »

Max : « Pfff ! Ils me fatiguent les zoms… »

Le chevalier : « Nous voici au banc. Vous allez former deux équipes. L’une va réaliser la coupe géologique de ce que nous avons observé depuis la pause. L’autre va réaliser la carte géologique. »

Max : « Dessiner la carte?! Mais c’est trop difficile ! »

Le chevalier : « Je vous donne le fond de carte. Il faudra dessiner les contours des formations que nous avons rencontrées. »

Max : « On est trois ! On peut pas faire deux équipes. »

Léo : « Je propose que petit Sam et moi nous mettions ensemble pour faire la coupe et toi Max, tu travailles avec bonome à la réalisation de la carte. »

Max : « Tu veux bien m’aider bonome ? »

Le chevalier : « Tu commences seul puis je t’aide. »

Max : « Mmmm… Pourquoi pas. »

Le chevalier : « Alors au travail ! Léo et Sam voici une feuille blanche et un crayon. Max, voici le fond de carte… Moi je fais une courte pause… »

Léo : « Alors… Tu te souviens des pendages ? »

Samuel : « 45°. Mais pas tous. En fait, le poudingue, il est plus penché. Et les formations ? Tu te souviens des formations ? »

Léo : « Le poudingue, les calcaires blancs de la Laize qui passent au calcaires fétide. Puis… »

Samuel : « Les grès de Montabot ! »

Léo : « Exact ! Le minerai de fer, les Grès Armoricains et les schistes d’Urville… »

Samuel : « Et les Grès de May ! »

Léo : « Et les épaisseurs… »

Max : « Mmmm… Alors là, comme ça… La transgression jurassique fait comme ça… 140°N… Bonome, tu as une règle ? Merci… Mmmmm… Comme ça… Des crayons de couleurs ! Bonome, je peux mettre de la couleur ? »

Le chevalier : « Oui Max. »

Max : « Voilà voilà… Pas mal… La légende ! Il faut toujours faire la légende… »

Léo : « Qu’est ce que tu en penses petit Sam ? »

Samuel : « On a fait vite… C’est un peu brouillon… La transgression jurassique ! On a pas mis la transgression jurassique ! »

Léo : « Là… Et là. J’ai entendu bonome le dire 🙂 »

Samuel : « Bon, ben on a fini… »

Léo : « Bonome ! On a fini ! »

Max : « Moi aussi ! »

Le chevalier : « Samuel et Léo : quartier libre. J’aide un peu Maxou. Alors… Mais c’est très bien ça ! Là, il y a du jurassique ici aussi… »

Max : « Et là ? C’est quoi là bonome ? »

Le chevalier : « Le Silurien. Mais nous ne l’avons pas observé. »

Max : « Je l’ajoute. Je colorie… La légende… Il y a tout ? »

Le chevalier : « Oui. Allez, mise en commun ! »

Max : « On commence par quoi ? »

Léo : « La carte ! »

Max : « La voici ! »

Samuel : « Rhoooo ! Bravo cousin Max ! »

Max : « Et bonome m’a presque pas aidé ! »

Léo : « Tu as rien fait en bas de la carte. »

Max : « Ben non. On est pas allés. Je peux pas savoir moi. On peut voir votre coupe ? »

Léo : « Ben oui ! »

Max : « Vous avez écrit tout penché 🙂 »

Léo : « C’est à cause de la tectonique 🙂 »

Samuel : « C’est pas facile sans doigts. »

Le chevalier : « Bien, vous avez bien travaillé tous les trois ! Nous reprendrons cela ce soir dans la cabane. »

Max : « On va travailler ce soir ? »

Le chevalier : « Surtout moi 🙂 Je vais vous raconter l’histoire de la Normandie à partir de nos observations. »

Léo : « Et maintenant ? On fait quoi maintenant ? »

Max : « On doit retourner à notre monture. On pourrait chercher des zoisos en chemin. »

Léo : « On zoisote ? »

Samuel : « Moi je veux bien. »

Le chevalier : « D’accord. Zoisotons 🙂 »

Max : « On joue aux zoisos ? »

Léo : « Pas envie. On se promène et on admire la beauté. »

Samuel : « Et j’en ai assez de gagner à chaque fois. C’est pas drôle 🙂 »

Léo : « J’aime pas la compétition entre nous. »

Max : « D’accord, d’accord… On joue pas, on compète pas, on gagne pas… »

Samuel : « On ronchonne pas 🙂 »

Léo : « On admire le beau canard. »

Max : « C’est qui ce canard ? »

Léo : « Ben, Max ! Quand même ! »

Max : « Quoi ‘Max quand même ‘ ? »

Léo : « On le connaît ce canard ! Cette cane plutôt… »

Max : « On la connaît ?… Ah oui ! Ben oui, évidemment ! C’est madame chipeau ! Suis-je bête ? »

Samuel : « Ouiiii 🙂 »

Max : « Dis donc le petitours blanc, on parle pas comme ça à son aîné ! »

Samuel : « Si 🙂 »

Max : « Bonome, tu entends comment il me parle ce petitours ? »

Le chevalier : « J’entends. »

Max : « Et tu interviens pas ? »

Le chevalier : « Oulala non ! Je ne me mêle pas des affaires internes des petizours. Je suis pas fou dans ma tête. »

Max : « Ah ? Tu es guéri ? C’est une bonne nouvelle ça. »

Léo : « Je crois qu’on est un peu dissipés aujourd’hui. »

Samuel : « On rigole bien 🙂 »

Léo : « Après tout ce sont les vacances. »

Max : « Vous prenez pas les inspections au sérieux. C’est pas bien ça ! »

Samuel : « On a pas dormi pendant l’inspection nous ! »

Max : « C’était juste un petit somme, comme ça. »

Léo : « Chut ! J’entends un rougegorge… »

Samuel : « Il est là ! »

Samuel : « Il nous crie dessus. »

Max : « Il nous demande de quitter son territoire. »

Léo : « Oulala ! On a peur petit rougegorge. Ne nous fesse pas les joues ! On part, on part ! »

Samuel : « Tu es rigolo cousin Léo. »

Léo : « C’est pour son estime de lui. Et comme ça il pourra dire aux femelles qu’il a chassé un grand chevalier et ses petizours de son territoire et elles voudront toutes faire des œufs avec lui. »

Max : « Et il y aura plein de petits rougegorges 🙂 »

Samuel : « Bien joué cousin Léo ! »

Max : « Et ce chant là ? Tu le reconnais Léo ? »

Léo : « Accenteur mouchet ! »

Samuel : « Tu connais tous les chants de zoisos cousin Léo ? »

Léo : « Ben non… Et j’ai pas le droit de les étudier sinon après je sifflote la nuit et Maxou m’envoie aux cabinets. »

Le chevalier : « Je pense à quelque chose. Pourquoi n’utilises-tu pas les écouteurs ? »

Léo : « Ben, j’ai essayé. J’embête plus Maxou en écoutant les chants mais je sifflote quand même la nuit. »

Max : « Il te faudrait un lit isolé pour les nuits d’après étude des chants de zoisos. »

Samuel : « Ben non ! Les petizours dorment ensemble ! »

Le chevalier : « Nous étudierons le problème plus tard… Pour le moment, retournons à notre monture. »

On a continué à marcher tranquillement. En chemin on a vu une buse variable, des grands cormorans et on s’est arrêtés pour regarder grébou ploufer. Mais les fotos sont pas terribles et cet article est déjà assez long comme ça. Bonome a fait une halte pour me montrer les calcaires fétides que j’avais pas vus à l’aller. Il est gentil bonome. Puis on a chevauché. En vrai, nous, on a tout dormi. Et bonome a chevauché seul, les cheveux au vent, le regard fixé vers l’horizon, comme un fier chevalier 🙂

Continuer la promenade

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