132-4 La Pointe Rouge

Lundi 31 Octobre, An III (encore…)

Max : « Bonomou, quand est-ce qu’on va à la Pointe Rouge ? »

Le chevalier : « Nous y allons Maxou. »

Max : « Tu surveilles la marée ? Je veux pas qu’on soit tout noyés à cause de la mer qui remonte… »

Le chevalier : « Moi non plus 🙂 »

Max : « On y va alors ? »

Le chevalier : « Oui, mais j’ai quelque chose à vous montrer en chemin. »

Max : « En chemin ? Mais elle est juste là la Pointe Rouge ! »

Le chevalier : « Je sais. Avançons un peu… Voilà ! Nous pouvons nous retourner… »

Max : « Alors… A gauche il y a un rocher tout plié et à droite… Des rochers avec des tas de couleurs différentes qu’on comprend rien du tout… D’accord… »

Léo : « Il y a une sorte de couloir entre les rochers… On est passés par là. C’est pas normal ça. »

Le chevalier : « Bien vu Léo. »

Max : « Bonome, à droite, il y a des ampélites. Mais les autres roches ? C’est quoi les autres roches ? »

Léo : « Les grises ? »

Max : « Oui, les grises. »

Le chevalier : « Je pense que ce sont des calcaires dolomitiques. »

Max : « Des calcaires de Dominique ? Dominique a laissé ses calcaires ici ? Il fait pas attention à ses affaires ce Dominique… »

Le chevalier : « Des calcaires dolomitiques ! »

Samuel : « Chevalier, c’est quoi les calcaires dolomitiques ? »

Le chevalier : « Ce sont des calcaires qui contiennent une part non négligeable de dolomie. »

Max : « Bien bien bien… Et qu’est ce que la dolomie mon bonomou ? »

Le chevalier : « Un carbonate double de calcium et magnésium. »

Léo : « On fait la chimie ? »

Le chevalier : « Si tu veux mon Léo. Le calcaire est de la calcite CaCO3. La dolomie a pour formule CaMg(CO3)2. »

Léo : « Et si il y a de la dolomie dans le calcaire on parle de calcaire dolomitique. »

Le chevalier : « Oui Léo. »

Max : « Et pourquoi il y a de la dolomie dans le calcaire ? »

Le chevalier : « Il existe plusieurs modes de formation de la dolomie. Elle peut précipiter directement à partir de l’eau de mer. Cela arrive dans les lagunes côtières le long des pays chauds. Elle peut également se former par remplacement partiel des ions Ca++ de la calcite par des ions Mg++ lors de la diagenèse dans des eaux riches en sels ferro-magnésiens ou par circulation d’eaux magnésiennes plus ou moins chaudes le long de fissures. »

Max : « D’accoooord… et alors ? »

Le chevalier : « Les dolomies et les calcaires dolomitiques sont souvent associées à une mer peu profonde et chaude, soumise à une forte évaporation. »

Léo : « Ils datent de quand ces calcaires dolomitiques ? »

Le chevalier : « Du Wenlock supérieur il me semble… »

Léo : « C’est encore le Silurien… Il faudra que tu nous fasses une synthèse de tout ce qu’on a vu… En comparant à la Bretagne… »

Le chevalier : « Je vais faire de mon mieux. »

Max : « Oui bonome. Bon, que voulais-tu nous montrer ? »

Le chevalier : « Regardez sur la gauche… »

Léo : « La zone toute lisse ? »

Le chevalier : « Oui, la zone toute lisse. »

Max : « On va voir ? »

Le chevalier : « Voilà ! »

Max : « C’est rigolo. Il y a des plis sous la zone toute lisse. »

Samuel : « Pourquoi c’est tout lisse ? »

Max : « C’est encore un miroir de faille Samuel. »

Samuel : « Dans ce sens là ? Alors c’est une faille F2. Le chevalier en a parlé tout à l’heure. »

Le chevalier : « Exact petit Sam. »

Léo : « Bonome, si il y a des plis derrière le miroir de faille, est-ce parce que les plis existaient déjà quand la faille est apparue ? »

Le chevalier : « Oui Léo. Tu viens de découvrir le principe de la chronologie relative. »

Léo : « La chronologie relative ? »

Max : « La chronologie c’est l’ordre des événements. Mais pourquoi relative ? »

Le chevalier : « Léo a bien compris que le plissement a précédé l’apparition de la faille. Mais nous n’avons aucune date à proposer pour ces événements. Nous pouvons seulement les dater l’un par rapport à l’autre. Nous avons donc une datation relative. »

Max : « D’accord. Merci bonome. »

Samuel : « On peut faire mieux en datation relative. Parce que les roches sont du Wenlock supérieur. On sait que les roches se sont déposées avant de se plier. On peut donc ajouter deux événements. Il y a eu dépôts des sédiments, formation des roches, plissement des roches et faille. »

Léo : « Et tout ça après le Silurien supérieur. »

Max : « Bonomou, il y a des stries sur le miroir de faille. Qu’est ce qu’elles t’apprennent ? »

Le chevalier : « Elles sont horizontales et parallèles entre elles… Elles nous indiquent le sens du déplacement… Le compartiment face à nous s’est déplacé vers la droite par rapport à celui sur lequel nous sommes. On parle de faille dextre. »

Max : « Tu as tout dit sur la faille ? »

Le chevalier : « Je crois… »

Max : « On peut regarder les plis ? J’aime bien les plis. »

Le chevalier : « Alors regardons les. »

Léo : « Tu vas les fotoer ? Je peux grimper pour servir d’échelle ? »

Max : « Tu veux faire l’escalade ? »

Léo : « Oui, il y a pas que toi qui sait faire l’escalade. Et puis j’aime bien que bonome me fotoe 🙂 »

Max : « Alors grimpe ! »

Max : « On voit une alternance de microquartzites et d’argilites roses… »

Léo : « Et c’est tout plié. »

Samuel : « C’est vraiment impressionnant tout ces plis… »

Léo : « Ben oui. Max, je comprends ce que tu disais tout à l’heure. On connaît la théorie mais j’ai du mal à imaginer comment ça a pu se plier comme ça… »

Max : « Ben oui… Bon, on avance ? »

Léo : « Regarde Max ! Il y a encore des plis sur le rochers ! »

Max : « C’est pire tout plié qu’en Bretagne ici. »

Samuel : « Encore ouf qu’il faut pas tout repasser 🙂 »

Max : « Oulala oui ! En plus, si on remettait tout à plat les roches recouvreraient la mer… »

Léo : « Bonome… »

Le chevalier : « Oui mon Léo. »

Léo : « C’est quelle formation ici ? Ce sont plus les séries rythmiques inférieures ni les phtanites… »

Le chevalier : « Exact ! Ce sont les séries rythmiques supérieures. »

Max : « Microquartzites beiges et argilites roses d’épaisseur centimétrique… »

Samuel : « Avec de nombreux et beaux plis… »

Max : « Et la Pointe Rouge ? Quand va t-on la voir la Pointe Rouge ? »

Le chevalier : « Pourquoi es-tu si impatient de la voir ? »

Max : « Primo, elle est très belle. Secundo tu y comprends rien du tout et je suis impatient de te voir rien comprendre du tout 🙂 »

Samuel : « C’est pas très gentil. »

Max : « Samuel, bonome comprend toujours tout. Il raconte toute l’histoire de la Terre quand tu lui présentes un caillou. Alors, de temps en temps, j’aime bien le voir pas comprendre. Ça le rend un peu plus humain. »

Samuel : « C’est pas bête… C’est bien qu’il comprenne pas alors. Chevalier, il faut que tu saches pas tout. C’est mieux pour notre équilibre. Sinon, on va faire le complexe d’infériorité. »

Léo : « Ben oui. Et on va finir dépressifs. »

Max : « Tu veux pas des petizours dépressifs quand même ? »

Le chevalier : « Non. Mais pour le moment, vous ne m’avez pas l’air dépressifs du tout 🙂 Mon petit Sam, ne t’inquiète pas, je ne connais pas tout. Et, tu sais, mes connaissances sur la géologie du coin sont assez superficielles. Et je ne suis absolument pas sûr de ce que je raconte. »

Max : « Connaissances superficielles… Vous entendez ça les cousins ? Ces connaissances sont assez superficielles. Pfff… »

Léo : « Ben c’est bonome… Il est comme ça tu sais. »

Le chevalier : « Allons voir la Pointe Rouge. »

Léo : « Elle est juste là. »

Max : « Bonome, mes lecteurs vont pas bien comprendre. »

Le chevalier : « Qu’est ce qu’ils ne vont pas bien comprendre ? »

Max : « Ben, on est lundi là. On est arrivés vendredi soir et hier on a fait la promenade. Si je dis pas des erreurs, il y a déjà huit articles sur la Vendée et on a même pas fini. »

Le chevalier : « Oui… »

Max : « En gros, je vais écrire un article tous les 50 mètres… »

Le chevalier : « Quand même pas ! »

Max : « Ben si ! Les porphyroïdes de la Sauzaie : 20 mètres entre l’accès à l’estran et le Rocher Sainte Véronique, un article. Le Rocher : 20 mètres, un article… Un article tous les 50 mètres je te dis. »

Le chevalier : « C’est pas tout à fait faux… »

Max : « C’est normal que je sois en retard dans mon blog… »

Léo : « Heureusement que les connaissances de bonome sont un peu superficielles… »

Le chevalier : « Et si nous passions à l’étude de la Pointe Rouge ? »

Max : « La Pointe des Cheveux qui Tombent 🙂 »

Léo : « Elle est belle ! »

Samuel : « Rholala oui ! »

Max : « Ben oui ! C’est pour ça que je voulais la voir… On peut s’en éloigner un peu et la regarder sous tous les angles s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Si Samuel et Léo sont d’accord. »

Léo (à Samuel) : « Tu vois Samuel, le chevalier demande toujours l’avis des autres petizours quand l’un d’entre nous demande quelque chose. »

Samuel : « Toujours ? »

Léo : « Oui oui. Je sais pas pourquoi parce qu’on est toujours d’accord. Mais il demande. »

Samuel : « Et si on lui disait qu’on est pas d’accord. Pour voir… »

Léo : « Bonome, Samuel et moi nous sommes consultés et on est pas d’accord. On veut pas voir la Pointe Rouge sous tous les angles. »

Le chevalier : « Max va être déçu. »

Léo : « On s’en fiche. On veut pas. »

Le chevalier : « Bien. Max tu entends ça ? Samuel et Léo ne veulent pas faire le tour de la Pointe Rouge. »

Max : « Ben on les laisse là et on y va tous les deux. Tu veux bien toi. »

Le chevalier : « Ça me paraît être un bon compromis. Samuel, Léo installez vous confortablement sur un rocher. Max et moi allons étudier tous les deux. Et on va voir la beauté. Amusez vous bien en attendant. »

Léo : « Bonome, c’est pas vrai ! »

Samuel : « Nous laisse pas ! »

Léo : « On veut venir nous aussi ! »

Samuel : « C’était pour voir ta réaction. »

Léo : « S’il te plaît bonome. »

Le chevalier : « 🙂 Je vous avais entendu… »

Léo : « Tu nous aurais pas laissés ? »

Le chevalier : « Laisser mes petizours sur un rocher ? Non non non ! Mes petizours… Que ferais-je sans vous ? Pochez vous tous les trois. »

Max : « On grimpe ! »

Max : « Elle est vraiment belle cette pointe. »

Léo : « On s’approche ? »

Le chevalier : « Demande à Max. »

Max : « Non, j’ai pas envie. Je reste là sur un rocher. Allez-y sans moi… »

Léo : « T’es trop bête ! Allez, en route ! »

Max : « Bonomou, pourrais-tu nous expliquer la Pointe Rouge malgré ton ignorance ? »

Le chevalier : « Elle est formée de schistes rutilants, de niveaux très étirés d’ampélites englobant des lentilles d’arkoses, de niveaux de phtanites et de calcaires dolomitiques. »

Max : « Et ça, c’est quand tu connais pas… D’accord. Je vois. »

Samuel : « On va faire le complexe d’infériorité alors. »

Léo : « Là tout de suite. »

Max : « Parce que nous, quand on connaît pas, on connaît pas. On dit pas tout ça. »

Léo : « On peut dire que c’est beau à la rigueur… »

Samuel : « Mais on fait pas une longue phrase avec que des mots que personne connaît. »

Max : « Bonome, parlerais-tu le gondwanien ? »

Le chevalier : « Il n’y a que rutilant que vous ne connaissez pas dans ma phrase. Les schistes rutilants sont des schistes riches en fer. »

Max : « Et il y a tout ça dans la Pointe Rouge ? »

Le chevalier : « D’après ce que j’ai lu. »

Max : « C’est un peu un résumé de toute la falaise alors. »

Le chevalier : « Oui Maxou. »

Léo : « Bonome, viens voir… »

Le chevalier : « Qu’as-tu vu mon Léo ? »

Léo : « Viens te dis-je ! »

Le chevalier : « Je suis là ! »

Léo : « Regarde là… »

Léo : « Et là… »

Max : « Comme c’est étrange… Ce sont les même roches mais elles ont pas du tout le même aspect. Comment expliques-tu ça grand chevalier sauroctone ? »

Le chevalier : « Je ne suis pas encore un chevalier sauroctone. »

Max : « Non, mais ça serait bien que tu t’y mettes ! Explications s’il te plaît. »

Le chevalier : « Vous n’avez pas d’hypothèse ? »

Léo : « Non. »

Max : « Non plus. »

Samuel : « Pas mieux… »

Le chevalier : « Revoyons les fotos… »

Le chevalier : « Ce sont effectivement les mêmes roches à savoir des argilites et des ampélites. Dans un cas elles sont bien lisses mais pas dans l’autre. »

Max : « Merci bonome mais ça on le sait déjà. Comment l’expliques-tu s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Par leur position. Leur hauteur plutôt. »

Max : « Leur hauteur ? »

Le chevalier : « J’hésite un peu à parler d’altitude… »

Max : « Explique toi un peu ! »

Le chevalier : « Les roches les plus basses sont usées par les galets lorsque la marée monte. »

Léo : « Ben oui ! J’aurai dû y penser ! »

Max : « C’est vrai. C’est tout bête… »

Le chevalier : « Vous ne pouvez pas penser à tout. Et vous devez être fatigués après tout ce que nous avons vu depuis ce matin. »

Max : « La matinée a été assez dense en effet. »

Samuel : « Assez dense ?! C’est tout ? »

Léo : « Max euphémise 🙂 »

Le chevalier : « Tiens, c’est intéressant ça… »

Max : « Qu’est ce que tu as vu encore ? »

Le chevalier : « Là… »

Max : « Oui… C’est sûrement très intéressant… »

Léo : « C’est quoi ? »

Le chevalier : « Des fentes en échelons… »

Léo : « Qu’est ce qu’elles te disent ces fentes en échelons ? »

Le chevalier : « Je suis un peu perplexe… Elles ne sont pas toutes parallèles… »

Léo : « Et si elles étaient parallèles ? »

Le chevalier : « Elles indiqueraient un cisaillement. »

Léo : « Elles annoncent une faille alors. »

Le chevalier : « Si le mouvement continue oui… Bien, voilà pour la Pointe Rouge. »

Max : « C’est tout ? »

Le chevalier : « Oui Max. Je t’ai dit que je ne comprenais pas tout ici. »

Samuel : « Tu nous a déjà expliqué beaucoup de choses fort savantes chevalier. Merci. »

Le chevalier : « Ça te plaît Samuel ? »

Samuel : « C’est encore mieux que ce que j’espérais 🙂 »

Max : « Tu es arrivé au bon moment. Le Royaume des Paons, la Vendée… »

Samuel : « Le Gondwana Max. On est au Gondwana nous. »

Le chevalier : « Retournons observer la série rythmique supérieure sur l’estran… »

Léo : « On pourrait faire une pause avant ? »

Max : « Une pause ? Maintenant ? »

Léo : « Oui, maintenant. »

Max : « Bonome, es-tu d’accord pour faire une pause maintenant ? »

Le chevalier : « Bien sûr Léo. Nous avons encore un peu de temps avant que la marée nous chasse de l’estran. »

Max : « Alors pause ! »

Continuer la promenade

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