129 – Les porphyroïdes de la Sauzaie

Samedi 29 Octobre, An III (suite)

Le chevalier : « Mes petizours ! Nous sommes arrivés ! »

Max (qui sort la tête de la poche) : « On est arrivés ? »

Le chevalier : « Oui, regarde un peu ça… »

Max : « On chahutait dans ta poche ! On a pas vu le temps passer. Les cousins ! On est arrivés ! »

Trois têtes de petizours émergent de la poche du chevalier…

Léo : « On est arrivés ? »

Samuel : « On va aller explorer ? »

Le chevalier : « Oui, mais regardez un peu avant… »

Samuel : « Ooooh ! C’est bôôôô ! »

Max : « Bonome, il y a encore de l’eau dans la mer là. C’est pas encore la marée basse… »

Le chevalier : « Ce n’est pas un problème. »

Max : « Pas un problème ! Tu veux aller explorer les rochers sous l’eau ? Non non non ! Je veux pas ! On sait pas nager et l’eau doit être froide. Il y a surement des congres et j’ai peur des congres. Bonome, on reste là et on attend que l’eau descende. »

Samuel : « Il y a des roches de couleurs différentes… Des roses, des blanches, des noires, des roses plus foncées… »

Le chevalier : « Bien vu Samuel. »

Samuel : « Et les petits rochers, à gauche, sont noirs. »

Léo : « On va tout explorer ? »

Le chevalier : « En attendant que la mer remonte… »

Léo : « Par quoi on va commencer ? »

Le chevalier : « Les roches qui sont sous nos pieds et que nous ne voyons pas bien sur cette foto. Nous pouvons y aller tout de suite. »

Max : « Elles sont pas sous l’eau ? »

Le chevalier : « Non Max 🙂 »

Max : « Tu vas pas nous ploufer ? »

Le chevalier : « Pourquoi vous plouferais-je ? »

Max : « Parce qu’on s’est moqués de toi. »

Le chevalier : « Ce n’est pas une raison suffisante pour que je vous ploufe. Vous m’amusez. Descendons. »

Léo : « C’est étrange comme paysage. »

Samuel : « Mais c’est très beau. »

Max : « Vous avez vu ? Les roches sont penchées. »

Léo : « Tout à l’heure aussi elles étaient penchées. C’est à cause de la tectonique. »

Max : « Elles ressemblent aux ignimbrites de tout à l’heure… »

Léo : « J’entends un rougegorge familier. »

Samuel : « C’est un zoiso ? »

Léo : « Oui petit Sam, un mignon petit zoiso pas poli du tout. Où est-il ce zoiso ? »

Max : « Là ! »

Samuel : « Il a la gorge orange. C’est pour ça qu’on l’appelle le rougegorge je suppose. »

Léo : « Oui. En scientifique il s’appelle Erithacus rubecula et c’est un Muscicapidé. »

Samuel : « Pourquoi tu dis qu’il est pas poli ? »

Léo : « C’est un zoiso territorial. Il protège son territoire contre les intrus et, quand il en repère un, il lui crie dessus des choses pas polies que bonome nous a traduites un jour. »

Max : « C’est bien la preuve que tu parles le zoiso bonome. »

Samuel : « Alors là, le joli rougegorge nous crie dessus pour qu’on s’en aille ? »

Léo : « Oui Sam. »

Samuel : « Petit rougegorge, on veut pas t’embêter nous. On fait la géologie avec un grand chevalier. Il faut pas nous crier dessus. »

Léo : « Sam parle aux zoisos 🙂 »

Max : « Comme bonome 🙂 »

Léo : « Dis chevalier, c’est vrai que saint François d’Assise parlait aux zanimos ? »

Le chevalier : « Oui et non. François savait que les gens venaient l’écouter quand il parlait aux animaux. Alors il faisait semblant de leur parler mais c’est bien aux humains qu’il s’adressait. »

Max : « C’est malin comme méthode 🙂 »

Samuel : « On peut revenir à la géologie ? »

Le chevalier : « Bien sûr. Venez voir… »

Max : « C’est bien ce que je disais. Ça ressemble aux ignimbrites de tout à l’heure. »

Léo : « Mais c’est pas tout à fait pareil quand même. Les cristaux sont plus grands. »

Le chevalier : « Oui, on parle de phénocristaux ou phénoblastes. Une roche contenant de grands cristaux est qualifiée de porphyroïde. »

Max : « Alors on est sur des porphyroïdes ? »

Le chevalier : « Oui Maxou. Et comme nous sommes au lieu-dit La Sauzaie on appelle ces roches les porphyroïdes de la Sauzaie. »

Léo : « C’est encore des rhyolites d’un volcan qui faisait rien qu’à exploser ? »

Le chevalier : « Oui. »

Max : « Et il y a Sabine qui l’habite ? »

Le chevalier : « De la sanidine et de l’albite ! »

Max : « C’est exactement ce que j’ai dit ! »

Le chevalier : « Bien sûr Maxou 🙂 »

Max : « Ben oui 🙂 »

Samuel : « Maxou, tu dis des bêtises 🙂 »

Le chevalier : « Sérieusement, ici aussi ce sont des feldspaths alcalins, surtout des feldspaths potassiques. »

Léo : « C’est lequel déjà celui qui contient du potassium ? »

Le chevalier : « La sanidine. »

Léo : « Tu as l’air contrarié. »

Le chevalier : « Oui… J’ai lu qu’ici on observait de l’orthose et de la microcline… Je ne me souviens plus… Sanidine, orthose et microcline ont la même formule chimique : KAlSi3O8. »

Léo : « Alors c’est quoi la différence ? »

Le chevalier : « Le système cristallin peut-être…»

Max : « Et c’est grave si tu te souviens pas ? »

Le chevalier : « Non, c’est un peu contrariant mais ce n’est pas grave. »

Max : « Alors on s’en fiche ! Il y a des feldspaths alcalins et hopla ! »

Léo : « Il y a du quartz aussi. On le voit bien. Ce sont les grains gris. »

Samuel : « Et un verre volcanique. Même qu’il est verdâtre le verre 🙂 »

Léo : « Et il y a comme de fines couches ondulées… »

Le chevalier : « Léo, veux-tu grimper sur le rocher pour servir d’échelle ? »

Léo : « J’y vais ! … Ça va comme ça ? »

Le chevalier : « Parfait ! »

Max : « Bonome, regarde là-bas ! »

Le chevalier : « Oui, qu’y a t il ? »

Max : « Ben c’est pas pareil ! C’est plus rose et il y a des gros gros cristaux dedans ! C’est pas le volcan qui a expulsé des grands cristaux comme ça ! »

Le chevalier : « Approchons nous… »

Le chevalier : « Effectivement, ces cristaux n’ont pas été éjectes par le volcan. »

Max : « Ils se sont formés comment alors ? »

Le chevalier : « Vous avez remarqué que les roches sont penchées et qu’il y a des fines couches ondulées dedans. Et il y a ces lentilles riches en feldspaths alcalins. »

Max : « On a vu tout ça. »

Léo : « Comment tu l’expliques ? »

Le chevalier : « Il y a eu un épisode de métamorphisme entre les dépôts volcaniques et aujourd’hui. »

Léo : « Samuel, le métamorphisme c’est quand un roche est chauffée et comprimée. Mais pas trop. Elle reste à l’état solide mais elle subi des transformations. »

Max : « Les atomes se réorganisent entre eux. »

Samuel : « Elles sont chauffées et comprimées comment ? »

Max : « C’est à cause de la tectonique. C’est toujours à cause de la tectonique quand c’est compliqué. La tectonique elle complique tout. C’est son travail de tectonique. Pour que les géologues s’ennuient pas. »

Léo : « T’es trop bête 🙂 Les roches sont enfouies et ce qu’il y a au-dessus d’elles les comprime. »

Max : « Et en profondeur la température est plus élevée. »

Léo : « Du coup les roches se transforment. Mais sans fondre, sinon c’est plus du métamorphisme. »

Samuel : « C’est comme ça que les lentilles de feldspaths sont apparues ? »

Le chevalier : « Oui Sam. »

Samuel : « Mais tout à l’heure les ignimbrites étaient pas comme ici. »

Le chevalier : « Les ignimbrites que nous avons vues tout à l’heure n’ont pas été métamorphisées. »

Max : « Il faudra en tenir compte quand on reconstituera l’histoire de la région. »

Le chevalier : « L’étude de la forme des lentilles et d’autres détails nous indique qu’il y a eu des mouvements de cisaillement de l’est vers l’ouest. »

Max : « Tu vois ça toi ? »

Le chevalier : « Ça saute au yeux 🙂 »

Samuel : « Elles datent de quand ces ignimbrites ? »

Le chevalier : « De l’ordovicien inférieur. »

Léo : « Le Trémadoc ? Comme tout à l’heure ? »

Le chevalier : « Oui mon Léo. »

Samuel : « Et on peut dater le métamorphisme ? »

Le chevalier : « Les spécialistes le peuvent. Mais pas moi. »

Léo : « Je résume : des rhyolites se sont mises en place sous forme de coulées de lave visqueuses ou d’ignimbrites lors de la distension crustale au sein de Rodinia au début de l’Ordovicien. Ces distensions ont abouti à la séparation de la petite plaque Armorica de la grande plaque Gondwana et à la formation de l’océan centralien. »

Max : « Tu parles comme bonome 🙂 Personne comprend ce que tu dis mais tu es content 🙂 »

Léo : « Tu comprends pas ? »

Max : « Ben si ! »

Léo : « Alors toi aussi tu parles comme bonome ! »

Max : « Je m’y ferai jamais… Je me bonomise de plus en plus… »

Samuel : « Moi aussi et j’en suis bien content 🙂 Je comprends le bonomien 🙂 »

Léo : « 😀 »

Max : « Mon bonome, puis-je poser une question ? »

Le chevalier : « Bien sûr mon petitours. »

Max : « Quand le volcan produit des nuées ardentes qui donneront les ignimbrites, il expulse brutalement des fragments de lave qui vont ensuite se souder à chaud. »

Le chevalier : « Oui Max. »

Max : « Quand il rejette tout ça le volcan, c’est pas bien rangé ! Or, là, les cristaux de feldspaths sont disposés en couches. Comment expliques-tu ça ? »

Le chevalier : « On parle de linéation minérale. »

Max : « Oui bien sûr. Et alors ? »

Le chevalier : « Nous avons déjà dit que ces roches ont été comprimées. Lors de la compression des surfaces apparaissent perpendiculairement aux contraintes. On les appelle des plans de schistosité. Les feldspaths se disposent préférentiellement le long de ces plans et ils forment une linéation minérale. »

Max : « D’accord. Merci bonome. »

Léo : « C’est compliqué quand même. »

Le chevalier : « Oui, arrêtons-nous là pour les porphyroïdes de la Sauzaie. »

Max : « Regardez moi ça… »

Léo : « C’est beau les roches… »

Samuel : « C’est parce que tu as de la beauté dans les yeux cousin Léo. »

Léo : « Toi aussi petit Sam. »

Max : « Bonome, pourquoi là-bas les roches sont plus blanches et qu’elles ressemblent pas tout à fait ? »

Le chevalier : « Bonne question. Puis-je y répondre après la pause ? »

Max : « On fait une pause ? »

Le chevalier : « Oui, si vous voulez bien ! »

Max : « Et on a le droit de chahuter ? »

Le chevalier : « Oui 🙂 »

Max : « Vous entendez ça les cousins ? Bagarre de petizours ! »

Après quelques minutes de manifestations groupales compulsives…

Le chevalier : « Vous vous êtes bien amusés ? »

Max : « On a joué à chat-perché 🙂 »

Le chevalier : « Vous êtes tout essoufflés 🙂 »

Léo : « Ben oui. On a couru et grimpé partout. »

Samuel : « On est même pas tombés 🙂 »

Max : « On a bien rigolé 🙂 »

Le chevalier : « Mes petizours… Asseyez-vous quelques instants pour vous remettre. »

Max : « Merci bonome. »

Léo : « Tu nous gratouillerais pas le front ? »

Le chevalier : « Si. Mais je n’ai que deux mains. »

Max : « Pas grave. Occupe toi de Léo et Samuel. »

Le chevalier : « Venez là tous les trois. »

Les petizours : « Rrrroooonnnn rrrroooonnnn … »

Quelques minutes plus tard…

Léo : « Et si on reprenait ? »

Max : « On y va ! »

Léo : « On en était aux roches plus blanches de là-bas. »

Samuel : « Il faut aller voir. »

Max : « Elles sont vertes et roses. C’est à cause de l’état d’oxydation du fer. Soit il est oxydé, soit il l’est pas. »

Léo : « J’aperçois de drôle de reliefs là-haut ! Vous voyez ? »

Le chevalier : « Je vois. »

Max : « Il faut fotoer bonome. »

Léo : « Max, pour fotoer il va devoir tout escalader ! Avec son appareil à la main en plus ! »

Max : « Ah oui… »

Samuel : « Il grimpe ! »

Max : « Bonome ! Fais attention ! Descend de là ! On s’en fiche des fotos ! »

Le chevalier : « Elles sont faites 🙂 »

Max : « Montre nous alors. »

Léo : « C’est beau ! C’est quoi ? »

Le chevalier : « Ce sont des figures d’érosion. »

Max : « L’érosion c’est quand les roches s’usent. »

Samuel : « Vous m’expliquerez plus tard l’érosion. Pour le moment je voudrais comprendre ces roches là. »

Max : « Tu entends Samuel bonome ? Explique nous ces roches. »

Léo : « On va voir de plus près. »

Max : « Ben oui, on verra mieux. »

Samuel : « Parce que les naturalistes doivent observer avant d’expliquer. »

Léo : « Tu as raison petit Sam. L’observation est une étape vraiment importante. »

Max : « Voilà ! Là on voit bien ! »

Samuel : « Il y a des cristaux. Mais ils sont tous petits. Il y a pas des grands comme tout à l’heure. »

Léo : « Ce sont surtout des grains de quartz. »

Max : « Sabine l’habite pas ? »

Le chevalier : « Max ! Tu ne t’arrêteras donc jamais de dire des bêtises ? »

Max : « Moi ? Non 🙂 »

Léo : « Il y a des feldspaths dans cette roche ? »

Le chevalier : « Oui, plus d’un quart des cristaux sont des feldspaths. Le reste est essentiellement constitué de quartz. Ces cristaux sont cimentés par un ciment argileux. »

Léo : « Tu nous as déjà expliqué que les argiles venaient de l’érosion de roches. »

Le chevalier : « On parle plutôt d’altération des roches dans ce cas. »

Léo : « Je peux faire une hypothèse ? »

Le chevalier : « Bien sûr mon Léo. »

Léo : « A côté il y a les ignimbrites qui contiennent des gros quartz et des grands feldspaths dans un verre de même composition. Imaginons qu’il y ait érosion et altération de ces ignimbrites. Les quartz et les feldspaths deviennent plus petits. Le verre s’altère et donne des argiles. Et après, les petits grains de quartz et de feldspaths se retrouvent cimentés dans les argiles. »

Max : « Ça c’est une belle hypothèse dites donc. »

Le chevalier : « Ce n’est pas une hypothèse. C’est ce qui s’est passé. Bravo mon Léo. Je suis fier de toi. »

Léo : « Merci chevalier. C’est toi qui m’as appris 🙂 »

Samuel : « Il y a quelque chose que je comprends pas quand même. Si ce que dit Léo est vrai, les roches blanches devraient être au-dessus des ignimbrites. Pas à côté. »

Max : « Tu oublies que les roches sont penchées Sam. Du coup, ce qui devrait être au-dessus semble à côté. »

Samuel : « Ah ben oui… »

Max : « Il reste une question non résolue. »

Léo : « Laquelle ? »

Max : « Comment on appelle ces roches blanches qui viennent de l’érosion et de l’altération des ignimbrites ? »

Le chevalier : « Ce sont des arkoses mon Maxou. »

Max : « Alors maintenant on connaît tout de cette première formation. Léo, veux-tu nous faire un résumé ? (à Samuel) Léo est très fort pour faire des résumés 🙂 »

Léo : « Je veux bien essayer. Bien… Alors… Je recommence aux volcans du début de l’Ordovicien. Ici, ils ont rejeté des nues ardentes. Ces nuées ardentes sont à l’origine des ignimbrites. Puis, le volcan s’est arrêté. Les ignimbrites ont été érodées et altérées. Ça a donné comme du sable fait de grains de quartz et de feldspaths avec de l’argile. Puis, je sais pas quand, l’argile a durci et a cimenté les grains. Du coup, il y a eu des arkoses au-dessus des ignimbrites. Plus tard, la tectonique s’en est mêlée. Les roches ont été penchées et métamorphisées et il y a des plans de je sais plus quoi. Et les gros cristaux de feldspaths se sont formés dedans. Normalement on devrait trouver des gros feldspaths et des gros quartz dans les arkoses aussi. Et puis voilà. J’ai fini de résumer. »

Max : « Tu es un bon résumeur 🙂 Bonome, tu en penses quoi ? »

Le chevalier : « Que je n’aurais pas fait mieux. Encore une fois bravo mon petitours. »

Léo : « J’aime bien quand tu m’appelles mon petitours. »

Samuel : « Tu es fort en géologie cousin Léo. »

Léo : « Toi aussi tu le seras petit Sam. »

Max : « Bonome, Léo a dit qu’on devrait trouver des lentilles de quartz ou de feldspaths dans les arkoses. C’est vrai ? »

Le chevalier : « Oui, regardez. »

Max : « Ce sont des lentilles de quartz ou de feldspaths ? »

Le chevalier : « L’un ou l’autre… »

Max : « Tu sais pas ? »

Le chevalier : « Non. »

Max : « Et tu cherches pas à savoir ? »

Le chevalier : « Je devrais grimper avec un beau cristal de feldspath pour regarder si ceux de la paroi le rayent. »

Max : « Pourquoi ? »

Le chevalier : « Le quartz est plus dur que les feldspaths. »

Max : « Mais tu le fais pas ? »

Le chevalier : « Non. »

Max : « C’est l’heure de ton sandouich ? »

Le chevalier : « Je commence à avoir faim, en effet. »

Max : « On fait la pause sandouich ? »

Le chevalier : « Oui, si vous êtes d’accord. »

Léo : « Pourquoi on serait pas d’accord ? Pause ! »

Max : « Tu as pris du chocolat ? »

Le chevalier : « Je ne vais quand même pas vous laisser mourir de faim. »

Max : « Merci bonomou. Bon, on s’installe sur ce rocher et on fait la pause. »

Continuer la promenade

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