57 suite – Le Royaume des Papillons

Dimanche 22 Novembre, An II

Suite

Il m’a bien fait rigoler Léo ! Lui toujours si timide et si doux, il a grondé bonome parce qu’il nous a jamais emmenés au Royaume des Papillons. Il lui a même dit de mettre sa casquette 🙂 Mais il a bien eu raison. Il est juste à côté ce Royaume. Je sais pas pourquoi on y est jamais allés. Mais bon, il a accepté de prolonger la promenade malgré son travail à faire pour la schola. Il va encore devoir se coucher tard à cause de nous.

On a pas chevauché beaucoup. Juste quelques pas comme ça. Il a laissé notre monture et puis on est allés inspecter le Royaume des Papillons. Il est très beau ce Royaume. Il y a des sous-bois, des prairies, une pinède et même une vigne. Mais, au début, on voyait pas des zoisos 🙁 Léo était tout triste. Si il avait été tout seul, je crois que bonome s’en serait fiché de pas voir des zoisos. Il avait l’air très content de se promener dans la nature. Mais il avait ses petizours avec lui alors il fallait qu’il en trouve, des zoisos. Et c’était pas facile parce que, comme c’était pas prévu qu’on vienne, il leur avait pas dit de venir avant notre arrivée. Alors on marchait, on marchait … Ou plutôt, il marchait, il marchait … et nous, on pochait 🙂

Et d’un coup, il y a eu un rapace !

Max : « Fotoe-le ! Vite ! »

Léo : « C’est quoi ce rapace ? Un Rapassus griseus, Rapacidés ? 🙂 »

Max : « Montre-nous les fotos et explique-nous s’il te plaît. On l’a pas bien vu, nous. »

Léo : « Oui ! Montre nous ! »

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Le chevalier : « Ce serait plutôt un Rapassus striatus 🙂 Vous n’avez toujours pas de canne blanche ni de chien, donc vous voyez bien les rayures claires sur le plastron et les zones blanches sous les ailes. »

Léo : « Oui, je vois bien. »

Max : « Moi aussi ! »

Le chevalier : « Le bord de fuite est sombre. »

Léo : « C’est quoi le bord de fuite ? »

Max : « C’est le bord de l’aile. Il peut pas s’empêcher d’utiliser des mots compliqués que personne connaît. Il dit bord de fuite pour paraître intelligent et cultivé. »

Léo : « Tu n’es pas gentil avec lui. Il nous apprend des tas de choses fort savantes et toi tu le critiques tout le temps. »

Le chevalier : « Merci de ton soutien mon Léo. Bon, d’après ce que je vois, ce rapace est une buse variable, Buteo buteo, Accipitridés. »

Max : « On a déjà des buses variables, nous. »

Léo : « Ben moi aussi maintenant. C’est beau les rapaces. J’espère qu’on en verra d’autres. »

Max : « Quand on va en Charentmaritimie, on en voit plus. On a vu quoi comme rapaces ? »

Le chevalier : « Beaucoup de faucons crécerelles, des milans noirs, des busards des roseaux … »

Léo : « Rhooo la chance … Vous avez déjà vu beaucoup de zoisos, vous. »

Le chevalier : « Toi aussi mon Léo. Et puis, tu les verras ces rapaces. »

Après, il a encore beaucoup marché. On a bien vu un geai des chênes mais il s’est sauvé. Et puis, il y a eu le merle noir.

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On le voit pas bien le merle noir. Il était en train de manger des fruits d’un arbuste de la famille des Rosacées. Quand on s’approchait, il se cachait. Mais on a été très patients. Et sa gourmandise a été la plus forte. Il est venu manger près de nous et on l’a fotoé. Et puis, quand il a eu assez mangé, il a chanté. Et, évidemment, Léo l’a imité. Ils ont discuté tous les deux en Merle noir.

Max : « Le merle, c’est Turdus merula. C’est un Turdidé comme les grives. »

Léo : « Tu connais peut être son nom en scientifique mais tu sais pas l’imiter ! »

Max : « Et alors ! Ça sert à quoi d’imiter un zoiso ? »

Léo : « Tu dis ça parce que tu sais pas le faire ! »

Max : « Je m’en fiche moi, d’imiter les zoisos. »

Le chevalier : « Tiens, ça faisait longtemps … Ce qui m’étonne, c’est que c’est toi qui aies commencé, Léo. »

Léo : « C’est parce que Max, il arrête pas de frimer. »

Max : « Je frime même pas ! »

Léo : « Si, tu veux toujours me montrer que tu connais mieux les zoisos que moi. Mais c’est parce que tu inspectes les Royaumes depuis plus longtemps. »

Le chevalier : « Max ! Léo ! Asseyez-vous ! Max, tu es un grand naturaliste. Tu connais des tas de choses. Mais Léo a raison. C’est parce que tu as commencé avant lui ta carrière de naturaliste. Léo, tu es un grand ornithologue et tu imites merveilleusement les oiseaux mais Max en connait plus que toi. Ça suffit tous les deux. Cessez donc de vous jalouser ou je vous transforme en porte-clés ! »

Léo : « Non, s’il te plaît, pas ça ! »

Max : « Tu peux pas, nos fils rouges sont coupés 🙂 »

Léo : « Et puis, on aime bien se chamailler 🙂 »

Max : « C’est parce qu’on est des juvéniles 🙂 »

Le chevalier : « Je veux bien que vous vous chamailliez mais pas de jalousie entre vous, d’accord ? »

Max et Léo : « D’accord 🙂 »

Max : « Mais on se chamaille quand même 🙂 »

Après ça, on a encore marché 🙁 Vraiment, c’était pas une journée à zoisos. Alors bonome a voulu nous montrer une plante qu’on avait jamais observée.

Max : « C’est quoi cette plante ? On en a déjà vu mais on l’a jamais observée. Je sais juste que je l’ai jamais vue en fleurs. Elle a jamais des fleurs ? »  57 37 Polystic fougère-mâle

Léo : « Ça existe les plantes sans fleurs ? »

Le chevalier : « Oui, les plantes sans fleurs existent. Il y en a même beaucoup. »

Max : « Mais … Tu m’as expliqué que les fleurs permettaient aux plantes de se reproduire. Comment elles font alors, les plantes qui n’ont jamais de fleurs ? Elles se reproduisent pas ? »

Le chevalier : « Vous posez beaucoup de questions 🙂 Je vais essayer de faire simple et complet. D’abord, reprenons les plantes à fleurs. Vous savez qu’elles produisent du pollen dans les étamines et des ovules dans le pistil. Quand le pollen rencontre l’ovule, c’est à dire qu’il y a fécondation, l’ovule se transforme en graine. Vous suivez ? »

Léo : « C’est un peu compliqué parce que j’ai pas fait beaucoup la botanique mais oui, je comprends. »

Max : « Moi aussi. Et si tu comprends pas tout Léo, je t’expliquerai dans la cabane quand on aura que ça à faire. »

Léo : « Merci Max. Tu peux continuer chevalier. »

Le chevalier : « La graine peut être dans un fruit ou posée sur une écaille. Dans le premier cas, on parle d’Angiosperme et dans le second de Gymnosperme. Les Angiospermes ont donc des fleurs et des fruits. Les Gymnospermes ont des fleurs très simplifiées et des cônes. Ce sont les résineux comme le pin, le sapin, l’épicéa … »

Léo : « Tu nous montreras des Gynopermes s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Gymnosperme, Léo. Bien sûr. Il faudra juste que j’y pense. »

Max : « Pfff … Avec ton cerveau tout fondu, tu vas oublier … »

Léo : « Angiosperme et Gymnosperme, ça veut dire quoi ? C’est du grékancien ? »

Le chevalier : « Oui Léo, ces mots viennent bien du grec. Sperme veut dire semence. Cela indique la graine. Angio signifie caché. Chez les Angiospermes les graines sont cachées dans le fruit. Gymnos signifie nue. Et effectivement, les graines sont nues sur les écailles des cônes. »

Léo : « Merci chevalier. »

Max : « Dis, tu veux pas revenir à cette plante sans fleur s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Si, j’y reviens. Donc elle n’a donc ni fleurs ni graines. »

Max : « Comment elle se reproduit alors ? »

Le chevalier : « Retournez la fronde et observez. »

Max : « C’est quoi la fronde ? »

Le chevalier : « C’est un mot compliqué que personne connaît pour dire la feuille 🙂 »

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Max : « Il y a des petits machins marrons. C’est quoi ? »

Léo : « Et dessous les petits machins marrons, il y a comme de la poudre ? C’est quoi ? »

Le chevalier : « Ce sont les organes qui permettent la reproduction. Ils contiennent des sporanges qui produisent des spores. »

Max : « Des spores ? Comme les champignons ? »

Le chevalier : « Oui Maxou. Les spores permettent la reproduction de ces plantes. »

Léo : « Et c’est quoi cette plante ? »

Le chevalier : « C’est une fougère. Elle est constituée de plusieurs frondes qui poussent à partir du rhizome. »

Max : « Le rhizome, c’est une tige souterraine, horizontale et vivace. Je sais, tu l’as enseigné à tes élèves quand je t’assistais. »

Léo : « Et pourquoi tu dis fronde et pas feuille ? C’est pour faire savant ? »

Le chevalier : « Non mon Léo 🙂 Une feuille sert à la nutrition. »

Léo : « Oui, tu nous as expliqué la photosynthèse avec le vert des feuilles. La chlorophylle, je crois. »

Le chevalier : « C’est bien ça. Chez les fougères, la feuille sert à la nutrition mais aussi à la reproduction. C’est pour cela qu’on les appelle des frondes. »

Max : « Et tu n’as pas un mot compliqué que personne connaît à part toi pour dire fougère ? »

Le chevalier : « Si bien sûr 🙂 Les végétaux de ce groupe sont appelés Ptéridophytes. »

Léo : « J’aime bien que tu nous expliques des choses comme ça, mais là, ça fait beaucoup en une seule fois. On peut arrêter les végétos s’il te plaît. Je réviserai quand tu seras à la schola et on refera une autre fois. Ça t’embête pas ? »

Le chevalier : « Je suis à votre service mes petizours. »

Max : « Le grand chevalier est chevaleresque 🙂 Elle doit être un peu folle dans sa tête, Princesse, pour l’avoir chassé. On va chercher des zoisos ? »

Mais on en trouvait pas 🙁 Alors on a encore fait la botanique. On a montré des fruits charnus à Léo.

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Max : « Regarde mon cousin, ce sont des fruits charnus. Il y a de la pulpe dedans et puis des graines. Les zanimos les mangent et après, il y a des graines dans leur caca. Mais entre temps, ils se sont déplacés et les graines ont voyagé. Quand les zanimos se débarrassent de leurs excréments, ils rejettent aussi les graines qui se retrouvent loin de leur plante mère. Et puis, les excréments c’est plein de bonnes choses pour les graines. C’est comme de l’engrais. »

Léo : « C’est comme ça que les plantes peuvent pousser loin de leurs parents alors. »

Max : « Ben oui, parce qu’un végéto ça se déplace pas tout seul. Dis bonome, c’est quel végéto celui là ? »

Le chevalier : « C’est le troène (Ligustrum vulgare, Oléacées). »

J’aime bien la botanique mais il y avait toujours pas de zoisos. Pfff … On aime bien être dans la nature mais quand même, si il y a pas des zoisos, c’est pas rigolo 🙁 Et puis, on a vu une autre plante. Elle avait des graines orangées.

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Max : « C’est quoi cette plante ? »

Le chevalier : « Je ne sais pas. »

Max : « Tu ne sais pas ? »

Le chevalier : « Non, je ne sais pas. »

Max : « C’est tout ce que tu as à dire : ‘Je ne sais pas’ ? »

Le chevalier : « Ben oui, puisque je ne sais pas. »

Max : « Et tu cherches pas ? Tu hypothéses pas ? Tu dis rien du tout ? »

Le chevalier : « Non. »

Max : « Et nous on saura rien du tout. Et Princesse va nous gronder. Et ce sera ta faute. »

Le chevalier : « Oui 🙂 Et elle va vous chasser du Pays des Zoisos. Je sais tout ça. »

Max : « Ah oui, je vois. D’accord. Tu t’en fiches de nous. »

Le chevalier : « Totalement 🙂 »

Léo : « Max, il peut pas tout savoir. Et puis, j’en ai assez de la botanique. Je voudrais voir un zoiso. Allez, arrête. »

Alors il nous a trouvé une mésange charbonnière (Parus major, Paridés).

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Léo était tout content et ils ont chanté tous les deux. Pi-iou pi-iou Pi-pi-iou pi-pi-iou …

Après, on a décidé de rentrer pour pas trop embêter bonome à cause de son travail. Mais en chemin, il cherchait quand même des zoisos. Et il y a eu la mésange bleue (Parus caeruleus, Paridés).

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Léo : « Dis chevalier, les mésanges bleues, tu les appelles toujours Parus caeruleus mais le beau livre de zoisos de Maxou les appelle cyanistes caeruleus. Qui a raison ? Tu dis des erreurs ou c’est le livre ? »

Max : « C’est pas bonome qui dit des erreurs. C’est les scientifiques qui sont pas tous d’accord. Ils donnent un nom et puis après un autre et nous, on sait plus comment on doit dire. C’est pas la faute de mon bonome. »

Le chevalier : « Max a raison. Parfois les scientifiques changent les noms des êtres vivants, mais toujours pour de bonnes raisons. Je pensais que la mésange bleue était du genre Parus mais, apparemment, je me trompais. Max et moi avions décidé de suivre les dénominations de son beau livre. Il nous faut donc appeler la mésange bleue Cyanistes caeruleus. Merci Léo. »

Léo : « Merci à toi chevalier. Mais qu’est ce qu’elle fait la mésange bleue ? »

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Max : « Ben oui. Tu as vu ? Elle arrache des petits morceaux d’écorce de l’arbre et elle les jette. Pourquoi elle fait ça ? Elle abîme l’arbre. Elle va pas bien dans sa tête ? Elle est fâchée contre l’arbre ? Tu vas le dire à Princesse ? »

Le chevalier : « Max, je ne vais pas embêter Princesse avec des histoires de mésanges. Et je ne pense pas que la mésange soit fâchée contre l’arbre 🙂 »

Max : « Ben pourquoi elle l’abîme alors ? »

Le chevalier : « Je ne peux que formuler une hypothèse. Je suppose qu’elle recherche des insectes ou des larves qui vivent sous l’écorce. »

Léo : « Et il a pas mal l’arbre ? »

Le chevalier : « La douleur est une sensation qui ne peut exister que chez les êtres vivants qui ont un système nerveux. L’arbre n’en a pas et ne ressent donc pas de douleur. Il n’a pas mal. Mais il doit ressentir un stress. Et puis, la plaie, même légère, que produit la mésange peut permettre à un champignon de se développer. »

Max : « Bonome, il faut gronder la mésange bleue. »

Le chevalier : « Non Max, il faut laisser faire la nature. »

Max : « Mais l’arbre va peut être mourir à cause des champignons ! »

Le chevalier : « Il va mourir un jour. Et si la mésange ne se nourrit pas c’est elle qui va mourir. »

Max : « Alors on laisse faire sinon Léo va pas aimer que la mésange meure. Bon, il est tard. On a pas vu beaucoup des zoisos aujourd’hui. Il faut rentrer maintenant. »

Comme d’habitude, la chevauchée du retour s’est faite en silence. En rentrant, bonome a transféré les fotos dans son ordinateur et il nous a installés dans la chambre pour qu’on les regarde et qu’on les trie. Mais il est pas resté avec nous à cause de son travail. En regardant les fotos on s’est chamaillés avec Léo, mais pour de rire 🙂 Et puis, bonome nous a rejoints. On était bien tous les trois. Mais on était fatigués et nos yeux piquaient. Alors il nous a gratté le front et nous a couchés et il est retourné travailler.

Voilà Princesse, on fait bien notre mission d’inspecter les Royaumes. Je t’embrasse et ne t’inquiète pas, on va bien.

Continuer la promenade

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