144-4 Les Marnes de Port

Vendredi 9 février, An IV (encore et toujours…)

Max : « On est déjà arrivés ? »

Le chevalier : « Oui Maxou. Il n’y avait que quelques kilomètres à parcourir. »

Max : « Mais il pleut… »

Le chevalier : « Malheureusement… »

Léo : « On va pas étudier les Marnes de Port alors ? »

Le chevalier : « Nous pouvons avancer un peu. Nous verrons bien si la pluie cesse ou si elle s’intensifie. »

Max : « Mais bonome ! Il fait rien qu’à pleuvoir ! On va être tout mouillés même si on reste dans ta poche. »

Léo : « On se séchera au retour. En route bonome ! »

Samuel : « Vous avez vu la tour ? »

Le chevalier : « C’est la tour Vauban. »

Max : « C’est le grand Vauban qui a construit cette tour ? »

Le chevalier : « Lui même, avec sa truelle. Il a porté toute les briques aussi. »

Max : « Même pas vrai ! Le grand Vauban faisait construire les tours. Il les construisait pas lui même ! »

Léo : « Bonome te taquinait. »

Max : « Dis le taquineur, tu choisis où on va en fonction des fortifications de Vauban ? »

Le chevalier : « Non Maxou. Mais tu sais bien que le grand Vauban a fortifié l’ensemble des frontières du royaume. »

Léo : « Et ici c’est pour protéger le port ? »

Le chevalier : « Oui, Port en Bessin est un peu le port de Bayeux. »

Samuel : « Et Bayeux est une ville importante. »

Le chevalier : « C’est le siège de l’évêque. »

Léo : « Il y a une cathédrale alors à Bayeux. On va aller la visiter ? »

Max : « Moi je préférerais faire la géologie et aller au muséum voir les dinosaures. »

Le chevalier : « Moi aussi. Saviez-vous que Port-en-Bessin a servi de port pétrolier lors du débarquement de juin 1944 ? »

Max : « Pfff… Tu vas encore parler des guerres des zoms… »

Le chevalier : « Max, nous sommes à quelques pas d’Arromanches où s’est écrite une page importante de l’histoire de France. »

Léo : « Le débarquement du 6 juin… C’est vrai que les alliés ont construit un port artificiel ? »

Le chevalier : « Oui mon petitours. Une vraie prouesse technologique. Winston Churchill avait conseillé de ne pas laisser les problèmes techniques limiter l’imagination, puisque les solutions émergeraient forcément. J’aimerais retrouver la citation exacte. »

Max : « Bonome, tu sais que j’ai rien contre l’histoire, bien que je sois pas fan des guerres, mais il pleut et je voudrais bien étudier les Marnes de Port avant d’être entièrement dissous. »

Le chevalier : « Parce que tu es soluble ? »

Max : « Je veux pas tenter l’expérience. Au travail bonome ! »

Samuel : « Il y a des goélands sur l’estran ! »

Max : « On les fait fuir ! Zutalor ! »

Léo : « Mais là il y a des goélands marins adultes qui ont trouvé un poisson à manger. »

Max : « Alors on les laisse manger tranquillement. Les falaises bonome, les falaises ! »

Le chevalier : « Les voici ! »

Max : « On attend tes explications ! »

Le chevalier : « Oui Max ! Bon, nous manquons de recul, mais je n’ai pas envie d’aller cavaler sur l’estran juste pour une ou deux fotos… »

Max : « Tu deviens raisonnable ? Ça alors ! Les cousins, on nous a changé notre bonome pendant la chevauchée ! On en a un raisonnable maintenant. »

Léo : « On risque de s’ennuyer… »

Samuel : « Max, laisse le chevalier nous parler des falaises s’il te plaît. »

Le chevalier : « Merci mon petit Sam. Nous voyons surtout le membre inférieur des Marnes de Port. Il est constitué d’alternances de lits marneux et de niveaux calcaires. Nous aurons peut-être l’occasion de constater que le passage des calcaires aux marnes est progressif alors que la base des bancs calcaires est toujours nette. Ce membre inférieur se termine par une double barre calcaire. On parle de banc repère. Au-dessus il y a le membre moyen. Épais de 20 mètres environ il est plus marneux et forme un talus affecté de nombreuses loupes de glissement. »

Léo : « Les marnes sont pas stables et glissent. »

Max : « Et si on est dessous on est tout crabouillés ! Finis les petizours ! Plus de petizours ! »

Samuel : « Pfff ! »

Le chevalier : « Le membre supérieur est le plus calcaire des trois. Il est épais de 6 à 8 mètres, mais n’est pas accessible à l’observation. »

Léo : « Et les couches de passage ? On peut les voir ? »

Le chevalier : « Oui Léo. Elles sont là 🙂 »

Léo : « Ce sont les fines couches qu’on voit là ? »

Le chevalier : « Oui. Trois fins bancs calcaires séparés par de minces lits argileux. Elles sont épaisses d’environ 50 cm au total et représentent l’ensemble de la zone à Zigzag et le Bathonien inférieur. »

Max : « Il y a tout le Bathonien inférieur dans 50 cm ? »

Le chevalier : « Tout 🙂 »

Léo : « Et le reste, au-dessus ? »

Le chevalier : « Le membre inférieur des Marnes de Port constitue à lui seul le Bathonien moyen. »

Max : « C’est pas très équilibré tout ça. 50 cm de Bathonien inférieur et 10 mètres de Bathonien moyen… Il s’est fait avoir le Bathonien inférieur. »

Le chevalier : « Absolument ! Avez vous remarqué que le sommet des couches de passage est bosselé ? »

Léo : « Oui. C’est à cause de quoi ? »

Le chevalier : « La bioturbation. La sédimentation était lente et les organismes fouisseurs ont eu le temps de bien mélanger les sédiments. D’ailleurs, en étudiant attentivement, nous trouverions de nombreux terriers dans l’épaisseur des couches. »

Max : « Tu nous en veux pas si on étudie pas attentivement ? Je commence à être tout mouillé moi. »

Samuel : « Nous aussi. »

Le chevalier : « Je comprends. Je vous présente quelques particularités locales et nous partons. D’abord, sachez que les couches de passage sont comprises entre deux surfaces d’érosion appelées Surface de Port 1 pour le sommet des Calcaires à Spongiaires et Surface de Port 2 pour leur sommet à elles. »

Léo : « Et les falaises ? »

Le chevalier : « Pas très intéressantes… Observons plutôt l’estran… Là ! »

Max : « Il y a de l’eau qui sourd ! »

Le chevalier : « Oui Max. Il y a de nombreuses résurgences ici et dans le port. C’est à cause d’une rivière, l’Aure, qui s’enfonce dans les calcaires. Elle a creusé un réseau karstique. »

Max : « Karstique ? »

Le chevalier : « Un ensemble de tunnels, rigoles, grottes… Tout ça sous terre. »

Max : « On peut aller l’explorer ce réseau karstique ? »

Le chevalier : « Je ne fais pas la spéléologie Max. »

Max : « Il faudra t’y mettre bonome 🙂 »

Le chevalier : « Observez bien à côté de la source, sur la surface de la couche de passage… »

Léo : « Il y a des tas de petits points. »

Le chevalier : « Ce sont les orifices des terriers verticaux. »

Léo : « Si on voit des terriers, c’est que la sédimentation était pas rapide. »

Le chevalier : « Nous pouvons même affirmer qu’elle s’est arrêtée trois fois. Venez voir. »

Max : « Attends bonome ! Pourquoi il y a deux couleurs là ? »

Le chevalier : « Nous sommes sur la Surface de Port 2, au sommet des couches de passage. Je vous ai dit que ces couches étaient mamelonnées en raison d’une forte bioturbation. J’ai oublié de vous dire qu’elles sont aussi fortement diaclasées. »

Max : « Ben, tu nous l’aurais dit, ça nous aurait pas plus avancés. On sait pas ce que c’est diaclasé. »

Le chevalier : « Je n’ai jamais utilisé ce mot ? Ça signifie qu’il y a des tas de fractures dans la roche. »

Léo : « Je comprends. L’eau s’infiltre dans les diaclases et le fer change d’état d’oxydation. Du coup, la roche change de couleur. »

Le chevalier : « Exact mon Léo. »

Max : « Et là il y a des bélemnites ! »

Samuel : « Et des ammonites ! »

Léo : « Il y a du lignite aussi. »

Le chevalier : « Et vous remarquerez que ces fossiles sont tous au même niveau. »

Léo : « Au sommet des couches de passage ! »

Max : « Ils se sont accumulés parce que la sédimentation s’est arrêtée ! »

Le chevalier : « Bravo Maxou ! Une autre chose… »

Max : « Qu’est ce que tu cherches mon bonome ? »

Le chevalier : « D’étranges traces fossiles que je n’ai vues qu’ici… »

Max : « Et tu les trouves plus ? »

Le chevalier : « La pluie ne m’aide pas… LÀ ! »

Max : « Étrange, en effet… »

Léo : « Tu sais ce que c’est ? »

Le chevalier : « On peut lire que ce sont des traces en ‘coup de balais’. Je préfère les appeler zoophycos. »

Max : « Évidemment. Un mot compliqué que personne connaît à part toi… »

Samuel : « C’est quoi les zoophycos ? »

Le chevalier : « C’est interprété comme étant les traces de l’activité de nourrissage de vers. »

Max : « D’accord. Merci bonome. »

Le chevalier : « Il pleut trop. Ce n’est plus drôle et mon appareil risque de prendre l’eau. Rentrons. »

On est pas rentrés tout de suite. Bonome a tenu à aller à la taverne. Quand il y est entré il était tout trempé. Il a mis de l’eau partout et il s’est excusé auprès de la tavernière. C’était la première fois que je voyais sa pelisse entièrement mouillée. Son sacado aussi. Je te parle même pas de ses pieds. Il s’est caféiné pour se réchauffer. Pour nous, il a commandé un chocolat chaud avec trois petites pailles 🙂 C’était boooon 🙂 Et puis on est vraiment rentrés.

Le soir, dans la cabane…

Le chevalier : « Mes petizours, vous êtes vous toilettés ? »

Max : « On s’est douchés. »

Léo : « On est tout propres ! »

Samuel : « On sent bon 🙂 »

Le chevalier : « Soirée fotos ? »

Max : « Avec gratouillis ? »

Le chevalier : « Avec gratouillis 🙂 »

Max : « Et chocolat ? »

Le chevalier : « Après tout ce que vous avez mangé ce soir ? Non non non ! Ma poche craquerait demain. »

Léo : « Max, si j’en mange ne serait-ce qu’un tout petit morceau, je crois que je vais être malade. »

Samuel : « Moi aussi. »

Max : « Oui c’est vrai ! Alors fotos et gratouillis ! »

Léo : « Tu vas nous montrer ta collection ? »

Le chevalier : « Oui oui. Commençons par le Bajocien… »

Léo : « Rhoooo ! »

Samuel : « Tout ça de fossiles ! »

Max : « Avec des mamonites ! Tu nous montres les mamonites s’il te plaît ! »

Le chevalier : « Je ne suis pas sûr de mes déterminations. »

Max : « Comme d’hab ! On sait bonome. Montre quand même ! »

Léo : « Rholalaaa ! »

Max : « Tu les as trouvé aux Falaises des Hachettes ? »

Léo : « On avait pas dit le nom de ces falaises ! »

Max : « Ben ça y est ! Alors bonome ? »

Le chevalier : « Une partie. Pour l’autre partie, j’ai eu de la chance. Il y a eu des travaux quelque part. Une tranchée a été creusée dans le Bajocien et des tonnes de gravats fossilifères ont été déposées comme ça. Je n’ai eu qu’à me baisser pour ramasser. Je vous montrerai l’endroit à la fin du séjour. »

Léo : « Tu as toujours de la chance toi 🙂 »

Le chevalier : « J’ai surtout la chance d’avoir trois adorables petizours. »

Samuel : « Et nous on a un superbonome 🙂 »

Max : « Tu nous montres les brachiopodes ? »

Samuel : « Il y a des beaux gastéropodes aussi… »

Le chevalier : « Passons à la suite… »

Max : « Une autre boîte ! »

Samuel : « Tabarnak ! »

Léo : « Il y a d’autres ammonites ! »

Léo : « Bonome, Otoites sauzei c’est l’ammonite de la zone à Sauzei ? »

Le chevalier : « Oui, enfin, si je ne me suis pas trompé… »

Léo : « Une ammonite de zone à ammonite ! »

Max : « Wouah ! »

Léo : « L’orthogarantiana est très belle aussi. »

Le chevalier : « Ce sont les deux fossiles qui m’ont donné le plus de travail de préparation. »

Max : « La préparation, c’est quand tu grattes avec ton pic à escargot ? »

Le chevalier : « Oui. »

Max : « Tu as mis longtemps ? »

Le chevalier : « Une vingtaine d’heures… »

Max : « Une vingtaine d’heures pour deux fossiles ?! »

Le chevalier : « Non non. Une vingtaine d’heures par fossile 🙂 »

Samuel : « Bravo bonome, bravo ! »

Max et Léo : « Il l’a encore appelé bonome 🙂 »

Samuel : « Ouiiii 🙂 »

Le chevalier : « Mon petitours… »

Léo : « Il y a un nautile Cénocéras. »

Max : « Des Gastéropodes… »

Léo : « Des Bivalves… »

Samuel : « Et les stromatolithes… »

Léo : « Tu en as coupé une fine tranche 🙂 »

Max : « C’est une bonne idée ça. »

Le chevalier : « Merci Maxou. On continue ? »

Max : « Tu en as encore ? »

Le chevalier : « Oui, pour les Calcaires à Spongiaires. »

Max : « Montre ! »

Léo : « Tu as identifié moins de fossiles là. »

Le chevalier : « Il y a peu de données sur ces calcaires à spongiaires. »

Max : « Et moins de mamonites… Tu sais pas qui c’est celle-là ? »

Le chevalier : « Non. Peut-être Teloceras blagdeni… »

Léo : « Tu as de beaux zoursins… Même des morceaux de crinoïdes… »

 

Samuel : « Et encore des Brachiopodes… »

Max : « Ça existe encore les Brachiopodes ? »

Le chevalier : « Quelques espèces… Je ne sais plus si il en reste une dizaine d’espèces ou une dizaine de genres. Il y en a peu dans les faunes actuelles. »

Samuel : « Tout ça de fossiles… »

Le chevalier : « Et ce n’est pas fini 🙂 »

Max : « Tu en as encore ? »

Le chevalier : « Il me semble que nous avons vu les Marnes de Port… »

Léo : « Tu as des fossiles des Marnes de Port ? »

Le chevalier : « Surtout des Couches de passage… »

Léo : « Rholalaaa ! »

Max : « Rhoooo ! »

Samuel : « Elle est bien ta collection chevalier. »

Le chevalier : « Si je pouvais la faire corriger par des spécialistes… »

Max : « Tu en connais pas ? »

Le chevalier : « Il y avait un gentil monsieur qui avait ouvert un musée pas loin d’ici. C’était sa collection personnelle. Il aimait beaucoup aider les gens à identifier leurs fossiles. Mais ce musée est fermé depuis quelques années. »

Léo : « Zutalor ! »

Max : « Encore des mamonites… »

Le chevalier : « Elles ne sont pas très belles. Morphoceras est peut-être de l’espèce macrescens. »

Léo : « La zone à Macrescens ! Encore une ammonite de zone ! »

Le chevalier : « Ne t’emballe pas mon Léo. »

Léo : « Tu as un morceau de céphalothorax de Crustacé ! »

Max : « C’est quand même pas évident… »

Samuel : « On pourra mettre le morceau de pince avec 🙂 »

Léo : « Et les Brachiopodes… »

Max : « Ce sont de bien beaux Brachiopodes. »

Léo : « On a pas trouvé tout ça, nous. »

Le chevalier : « Je suis allé plusieurs fois à Port-en-Bessin vous savez. J’ai passé des heures à fossiler. Aujourd’hui nous avons été un peu vite. Vous avez trouvé de belles choses mes petizours. Je suis fier de vous. »

Max : « Tu es fier de nous ? »

Le chevalier : « Oui, bien que vous ayez été un peu agités aujourd’hui. »

Max : « Tu trouves ? »

Samuel : « Je vous l’avais dit ! »

Max : « Tu nous aimes plus ? »

Le chevalier : « Mais si ! Toutefois j’aimerais que vous soyez un peu plus calmes demain. D’accord ? »

Max : « D’accord bonome. »

Léo : « On va où demain ? »

Le chevalier : « Nous allons continuer l’exploration du Bathonien. Peut-être aurons-nous l’occasion de croiser quelques beaux zoisos. »

Max : « Merci bonome. »

Léo : « Dis, tu as pas fait la colonne stratigraphique d’aujourd’hui ? »

Le chevalier : « Si, je vous la montre tout de suite… »

Léo : « Tu as pas indiqué la Surface d’Arromanches. »

Le chevalier : « J’ai oublié. Oups 🙂 »

Samuel : « On a vu tout ça ! »

Léo : « Plus le Bajocien inférieur et moyen ! »

Max : « Mon Léo je suis entièrement d’accord avec toi : Rhooo la chance ! »

Léo : « 🙂 Bonome, tu veux bien nous raconter une histoire pour nous endormir s’il te plaît ? »

Le chevalier : « Si vous voulez. Au lit ! »

Le premier à s’être endormi est Léo. Samuel s’est serré contre moi pour me gratouiller le front et moi aussi je me suis endormi. Bonome, il a pas besoin de connaître beaucoup d’histoires. On s’endort toujours au prologue 🙂

Je t’embrasse Princesse et j’espère que tu vas bien.

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