On nous a envoyé ça…

Le 9 Août, An IV

Cher E.,

Je te remercie pour cette jolie foto.

Tu fais l’hypothèse que c’est une orchidée. Il est vrai que les orchidées exotiques ont souvent des formes extravagantes. Toutefois, la plupart des orchidées de la flore française ont des fleurs très discrètes. Tu précises que cet être vivant a une odeur nauséabonde. Je t’en remercie. C’est grâce à ce critère que j’ai réussi à l’identifier. Il s’agit d’un champignon. Et oui 🙂 C’est l’Anthurus d’Archer, Chlatus archeri.

Ce champignon est originaire d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Il a été introduit en France par le port de Bordeaux avec de la laine importée d’Australie. Une autre hypothèse est qu’il fut introduit par les soldats du corps expéditionnaire d’Australie et de Nouvelle-Zélande lors de la première guerre mondiale. (Bonome pourrait parler pendant des heures des ANZAC). Depuis, il s’est répandu un peu partout en France, dans les forêt de feuillus principalement bien qu’on puisse le trouver également mais plus rarement dans les forêts de conifères ou les prairies humides.

Le sporophore sort de terre sous forme d’un œuf blanchâtre qui s’ouvre en 4 à 8 bras rouges.

En conclusion, nous pouvons dire que c’est un très beau champignon que tu nous as envoyé et nous te remercions.

Le 16 Septembre, An IV

Chères Framboise et Tartine, je vous remercie pour cette jolie foto.

Il s’agit de l’une des plus grandes chenilles de France. C’est la chenille du Sphinx du troène, Sphinx ligustri, Sphingidés. L’adulte est très beau, comme tous les sphinx, mais on le voit pas beaucoup parce qu’il est nocturne et qu’il a une courte période de vol, entre Mai et Août. Toutefois en ces quelques mois, il peut y avoir deux générations.

En conclusion, nous pouvons dire que c’est une très belle chenille et nous vous remercions de nous avoir envoyé cette foto 🙂

Le 23 Septembre, An IV

Cher G.,

Je te remercie de nous avoir envoyé cette jolie foto.

Ce que tu as vu dans ta maison est une scutigère véloce, Scutigera coleoptrata, Scutigeridés. C’est un animal qui a un squelette externe, également appelé cuticule. Il a de nombreuses pattes articulées. On en compte 15 paires il me semble. C’est donc un Arthropode. Mais ce n’est pas un Insecte ! Non non ! Il a trop de pattes. C’est un Myriapodes, trop souvent appelés Milles-pattes. Mais ça existe même pas les milles-pattes…

Les Myriapodes ont une tête, des tas de segments identiques et un pygidium. Il peuvent avoir une paire de pattes par segments (Chilopodes) ou deux paires de pattes par segment (Diplopodes). La scutigère est un Chilopode.

Sa dernière paire de pattes est très longue et ressemble à une paire d’antennes. C’est pratique pour elle car, quand elle bouge pas, on sait pas de quel côté se trouve la tête. Et on peut pas savoir par quel côté elle va se sauver. Les scutigères courent vite : 40 cm/s. Ça fait près de 1,5 km par heure ! Mais ça court pas une heure la scutigère.

Ce zanimo est un prédateur. Au niveau de la tête il y a une paire de forcipules. Ce sont des crochets qui peuvent injecter un venin. Mais il faut pas en avoir peur. Les scutigères pincent pas les zoms. Elles en ont trop peur. Elles se nourrissent de moustiques, de punaises, de fourmis, de lépismes… Tous les petits insectes qui peuvent nous embêter dans une maison. Alors, au lieu d’utiliser des insecticides, il vaut mieux adopter des scutigères. On les voit pas parce qu’elles aiment les lieux sombres et humides. Dans la journée, elles se cachent derrières les meubles ou sous les étagères.

Une dernière chose : si ça les arrange, les scutigères peuvent se couper une patte. On appelle ça l’autotomie.

Voilà. En conclusion nous pouvons dire que la scutigère est un bien bel Arthropode et nous te remercions de nous avoir envoyé cette foto.

Le 15 Octobre, An IV

Chère L.,

Je te remercie de nous avoir envoyé ces jolies fotos.

Là, ça a pas été facile. Et on est encore pas tout à fait sûr de nous pour l’espèce.

Mais commençons par le commencement. On voit une cuticule externe, trois paires de pattes articulées et une paire d’antennes filiformes. Nous sommes donc en présence d’un Arthropode Insecte. Bon, sur les fotos on voit pas les critères qui permettent d’arriver à l’ordre des Dictyoptères mais tout le monde sait que c’en est un 🙂 Par contre, on voit bien les pattes ravisseuses. Le tibia et le tarse, couverts d’épines sur leur face interne, peuvent se replier brutalement. On a donc affaire à un Mantidé, la famille des mantes religieuses. Apparemment, ce serait une mante religieuse, Mantis religiosa. Mais on sait pas bien pourquoi elle est marron. Bonome suppose que c’est un juvénile…

Les mantes religieuses femelles coupent parfois la tête de leur partenaire pendant l’accouplement. Ça active l’éjaculation chez le mâle. Et puis, si la femelle a faim, pourquoi se priverait-elle d’un repas qui se trouve à portée de pattes ?

En conclusion que la mante religieuse est un beau zanimo et nous te remercions de nous avoir envoyé cette jolie foto.

Le 18 Octobre, An IV

Chère Brindille,

Je te remercie de m’avoir envoyé cette foto floue. Je te reconnais bien là 🙂

Tu es un peu naturaliste alors tu sais déjà que c’est un Insecte. L’appareil buccal est de type piqueur-suceur. Il y a deux paires d’ailes. Les postérieures sont membraneuses alors que les antérieures sont partiellement cornées. Les antennes sont longues. Nous sommes donc en présence d’un Insecte Hétéroptère. Il y a beaucoup des hétéroptères… Là, c’est un juvénile de la punaise verte puante, Nezara viridula, Pentatomidés. Avec ses pièces buccales de type piqueur-suceur, elle se nourrit des végétos. Elle apprécie particulièrement les légumes. Mais attention ! Les vrais légumes, fruits des légumineuses ou Fabacées, tels que les haricots, les pois, les fèves… Elle fait donc partie des ravageurs des cultures.

Tu me dis qu’elles sont présentes sur tes dahlias. Zutalor ! Mais c’est pas bien grave. C’est juste ornemental les dahlias. Tu vas pas mourir de faim si elles mangent tes dahlias. Et puis la température va bientôt baisser. Et elles supportent pas trop le froid hivernal ces punaises. Beaucoup vont mourir de froid. Chose étrange, les femelles résistent mieux que les mâles 🙂

En conclusion nous pouvons dire que cette punaise juvénile est vraiment très belle et nous te remercions de nous avoir envoyé cette foto floue 🙂

Les 22 et 23 Octobre, An IV

Cher F.,

Je te remercie pour toutes ces jolies fotos qui m’auraient absolument ravies si j’avais que ça à faire qu’à étudier les zanimos qui habitent ta maison de vacances 🙂

Commençons par les coccinelles.

Tu as dû reconnaître des coccinelles mais tu t’es peut-être demandé pourquoi il y avait autant de couleurs différentes.

Nous sommes tous habitués à la coccinelle à sept points qui, comme son nom l’indique, possède invariablement 7 points noirs sur fond rouge. Et oui amis lecteurs, le nombre de points indique en aucun cas l’âge de la bébête mais son espèce. Enfin… Sauf quand l’espèce se présente sous plusieurs formes comme c’est le cas ici. Nous sommes en présence d’un coccinelle extrêmement variable : la coccinelle asiatique, Harmonia axydiris.

Cette espèce originaire de Chine a été introduite massivement dans les années 1980 pour favoriser la lutte biologique contre les pucerons car elle est aphidiphage.

Léo : « Tu te prends pour bonome ? »

Max : « Comment ça ? »

Léo : « Aphidiphage ! Tu utilises des mots compliqués que personne connaît à part toi, tout ça pour te croire intelligent et cultivé ! »

Max : « Tu connais pas aphidiphage ? »

Léo : « Ben moi si ! Je te rappelle que je suis naturaliste ! Mais tes lecteurs ! Tu as pensé à tes lecteurs ? Ce pauvre F. qui t’envoie ses fotos et à qui tu réponds aphidiphagie ! Tu veux le dégoûter de l’entomologie ? »

Max : « C’est pas faux ! Je reprends… »

Cette espèce originaire de Chine a été introduite massivement dans les années 1980 pour favoriser la lutte biologique contre les pucerons car elle s’en nourrit ! Une larve, au stade 3 ou 4, peut en dévorer jusque 100 par jours !

Cependant, elle se développe trop bien maintenant et prend la place des espèces autochtones. La coccinelle asiatique est donc devenue une espèce invasive nuisible.

Cette espèce présente de nombreux phénotypes… 

Léo : « Tu recommences ! Phénotypes ! Et puis quoi encore ? »

Max : « Oui Léo, tu as raison Léo. »

Cette espèce se présente sous de nombreuses formes. On en compte plus d’une dizaine mais il en existe 4 principales présentes sur tes fotos, mon cher F.

Toutes se reconnaissent à :

– leur forme bombée ;

– une grande taille allant de 5 à 8 mm ;

– des pattes rougeâtres ;

– un dessin pronotal typique en pattes de chat, en M ou noir avec deux bandes blanches.

Forme succinea : Élytres rouges ou jaune à tâches noires.

Forme novemdecimsignata : Élytres rouges à 19 tâches noires.

Forme conspicua : Élytres noires à deux tâches rouges.

Forme spectabilis : Élytres noires à quatre tâches rouges.

Cette coccinelle est très intéressante car elle montre les limites de la définition d’espèce. On sait qu’une espèce est un groupe d’individus qui se ressemblent et qui peuvent avoir une descendance féconde. Et bien là, elles se ressemblent pas toutes 🙂

Passons maintenant aux punaises vertes puantes. Brindille a déjà envoyé une foto de cette espèce, j’irai donc très vite.

Nous voyons à gauche des individus adultes ou sub-adultes (forme noire). Les trois points clairs sur le pronotum permettent de distinguer Nezara viridula de la punaise verte, plus fréquente, Palomena prasina.

Mon cher F., tu pourras désormais distinguer ces deux espèces 🙂

Voyons maintenant cette belle araignée que tout le monde a déjà vue.

C’est, il me semble, une tégénaire des maisons, Eratigena atrica, Agélénidés. Je dis ‘il me semble’ car la foto ne permet pas de distinguer les couleurs de l’abdomen.

Révisons un peu…

Nous voyons un zanimo qui a une cuticule et des pattes articulées au nombre de 8. Nous sommes donc en présence d’un Arthropode. Il n’y a pas d’antenne mais nous voyons, entre les premières pattes, des pédipalpes. On devine aussi, entre les pédipalpes, les chélicères qui portent des crochets à venin. Si on ajoute que le corps est formé d’un céphalothorax (ou prosome) et d’un abdomen (opisthosome) nous pouvons affirmer qu’il s’agit d’un Chélicérate Arachnide Aranéide. En gros, c’est une araignée 🙂

Que dire sur la tégénaire ?

Elle habite dans les maisons ! Nous, on en a parfois dans notre cabane et on aime pas ça du tout ! Bonome cherche à les mettre dehors mais c’est peine perdue puisqu’elles habitent dans les maisons. Elles reviennent tout le temps ! La plupart du temps on les voit pas. Elles sont nocturnes. Et c’est ça notre problème. On a peur qu’elles viennent nous embêter dans notre lit quand on dort…

Bon, sinon, elles se nourrissent d’arthropodes plus petits qu’elles. Mais elles ont un petit appétit : une mouche toutes les trois semaines en moyenne. C’est pas terrible comme insecticide. Si elles ont attrapé d’autres proies entre temps elles les emmaillotent dans de la toile et les garde pour plus tard…

Je l’ai déjà dit mais c’est bon signe si il y a des tégénaires ou des scutigères chez vous. C’est que c’est pas trop pollué. Parce que les zoms le savent pas toujours mais souvent l’intérieur des maisons est plus pollué que l’extérieur. A cause des produits ménagers, des plastiques, des colles dans les meubles en aggloméré… C’est tout pollué dedans alors les zanimos peuvent pas vivre dans la maison. Dites, je vous rappelle que le zom est un zanimo…

Nous, on a plein des Arthropodes dans notre cabane 🙂 Bonome, il aime pas les lépismes. Parce qu’ils mangent le papier et qu’ils font caca sous les livres de sa bibliothèque.

Fotos suivantes s’il vous plaît !

Les cousins et moi-même étudiions ces fotos quand bonome est passé près de nous. « Tiens, une larve de balanin des glands » nous dit-il distraitement. Ça nous a bien aidé parce qu’on trouvait pas du tout…

Les balanins sont des Insectes Coléoptères Curculionidés. Adultes, ils ont un long rostre rigolo. Regarde un peu ça mon cher F.

Insectes-net.fr

Les balanins femelles pondent dans des fruits à coques comme les glands, les noisettes, les châtaignes… Quand l’œuf éclot, il en sort une larve qui est directement dans son garde-manger. C’est malin ça 🙂 La larve mange toute l’amande (je rappelle que les fruits à coque contiennent une amande même si c’est pas le fruit de l’amandier). Et après elles sortent et se nymphose sous la terre. Chez beaucoup d’espèce le moment de la sortie de la larve correspond à la chute du fruit. Poum le fruit et la larve ! Mais il arrive que la larve ait à se jeter dans le vide ! Des fois, elle fait une chute de plusieurs mètres !

Chose étrange, la femelle du balanin des glands fait presque toujours le trou de ponte au niveau de la cupule du gland. Et ça, je comprends pas. Pourquoi se complique t-elle la vie ? Elle pourrait percer directement le fruit ! Peut-être parce que la cupule cicatrice mieux et donc que la larve est mieux protégée…

L’an dernier, on a voulu ramasser des glands pour donner aux geais qui viennent près de notre cabane. Et bien ils étaient presque tous infestés par des larves de balanins.

Passons à la suite…

Une foto floue ! Cher F., je vais te mettre en relation avec Brindille. Vous pourrez faire un bel album de fotos floues tous les deux 🙂

On revient aux Hétéroptères. Les punaises… Les antennes ont 4 articles. C’est la famille des Coréidés. On voit que l’abdomen a des bords tranchants qui se relèvent et dépassent de chaque côté des ailes. C’est un attribut de la sous-famille des Coréinés…

Je pense que c’est Coreus marginatus mais j’en suis pas absolument certain.

Encore une punaise phytophage. Forcément, avec ses pièces buccales de type piqueur-suceur… J’espère que tu as pas trop d’arbres fruitiers… Mais bon, la nature est ainsi faite. Il faut savoir partager les récoltes avec les zanimos. Tu as quand même du manger dans ton assiette il me semble…

Grâce aux fotos suivantes nous allons aborder les Orthoptères, autre ordre d’Insectes bien représenté en France mais auquel bonome ne connaît pas grand-chose. Enfin, d’après ce qu’il dit…

Les Orthoptères ont les ailes au repos bien alignées avec le corps. Ils ont les ailes (ptéron) droites (orthos).

Les Orthoptères ont en général les pattes arrières repliées en Z ce qui indique une adaptation au saut.

Regardons un peu ce premier animal.

Mon cher F., merci de l’avoir pris sous deux angles différents 🙂

Les antennes sont très longues. Je mettrais donc ce zanimos dans le groupe des sauterelles. Nous voyons que ses ailes vestigiales sont toute repliées sous le protonum qui forme une espèce de selle sur le haut du thorax et, détail très important, l’arrière de la tête, ou occiput, est noir. Ce dernier critère à lui seul me permet d’identifier ce zanimo ! Encore ouf parce que sinon c’est pas facile ! Il s’agit d’un Éphippigère des vignes, Ephippiger diurnus, Tettigonidés. L’absence de tarière me fait dire qu’il s’agit là d’un mâle.

Là, je trouve pas 🙁

Tant pis, on peut pas tout savoir… Je profite de cette foto pour expliquer la tarière. C’est le long machin qui dépasse à l’arrière de l’abdomen. Si il était plus fin, en forme d’épée, je dirais que c’est une grande sauterelle verte. La tarière est l’organe de ponte des femelles de le sous-ordre des Ensifères (de Ensa, épée et Ferre, porter). La tarière permet à la femelle de pondre dans la terre, les végétos ou même d’autres Insectes… Les Ensifères comprennent les sauterelles, les grillons et les courtilières. Les antennes sont très longues et très fines. Ah oui : Parfois on dit oviscape à la place de tarière…

Léo : « Max. »

Max : « Oui Léo… »

Léo : « Montre la foto précédente s’il te plaît. »

Max : « Oui Léo. »

Léo : « Ce que tu prends pour la tarière… Regarde bien, ça vient pas de l’abdomen ! »

Max : « Tu as raison Léo. Tu as toujours raison Léo. »

Léo : « Mais c’est quoi alors ? »

Max : « On dirait l’aile… »

Léo : « Tu crois que F. aurait fotoé une sauterelle à ailes asymétriques ? »

Max : « Je sais pas ! Je comprends pas ! Je sais pas qui c’est ce zanimo ! »

Léo : « On s’en fiche ! Passe à la suite… »

Cette dernière foto nous envoie chez les Caelifères, autre sous-ordre des Orthoptères. Ce sont les criquets. Gemini cricket et tout ça 🙂 Les antennes sont plus courtes que chez les Ensifères. Plus trapues aussi. Et il y a pas de tarière. Jamais.

Nous voyons quatre individus. Deux femelles à gauche et deux mâles à droite. Mais, là encore, je suis pas sûr de l’espèce… Peut-être Omocestus sp., Acrididés.

En conclusion, nous pouvons dire mon très cher F. que tu as de bien beaux zanimos dans le jardin de ta maison de vacances et je te remercie de nous en avoir fait profiter.

Continuer la promenade

2 réflexions au sujet de « On nous a envoyé ça… »

  1. Bonjour cher F.,
    tu sais, quand on connaît un peu les zanimos on sait où chercher et souvent on trouve… Mais il faudrait faire vérifier mes déterminations parce que je suis qu’un petitours moi…
    Et t’inquiète pas, ça arrive de parler de soi à la 3ème personne. (Enfin, pas quand on va bien dans sa tête…)
    A bientôt 🙂

  2. F est ravi de partager les photos des bestioles qui traînent chez lui!!!!!
    Et il admire la science de Max. Il parle de lui a la 3ème personne ( c’est inquiétant)
    Merci Max!

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